jeudi 31 juillet 2008
mercredi 30 juillet 2008
mardi 29 juillet 2008
lundi 28 juillet 2008
Sohrâb Sepehri : L'amie

S. Sepehri
T. S. ELIOT
L'amie*
Elle n’était que grandeur,
Appartenance à l'aujourd'hui,
Avait une parenté avec tous les horizons ouverts,
Et comme elle comprenait bien le ton de l'eau et de la terre !
Sa voix
Évoquait la confuse langueur de la réalité.
Ses paupières
Nous ont indiqué où prendre le pouls des éléments.
Ses mains
Ont feuilleté l'air pur de la générosité
Et rabattu vers nous la tendresse.
Elle était à l'image de son repliement
Et elle a commenté pour le miroir
Les plus amoureuses courbes de son heure.
Elle était, à la façon de la pluie, riche de la fraîcheur des répétitions
Et elle se propageait à la manière de l'arbre
Dans le bien-être de la lumière.
Elle appelait toujours l'enfance du vent,
Elle nouait toujours le fil de la conversation
À la clenche de l'eau.
Une nuit, pour nous,
Elle a si crûment formulé
La verte prosternation de l'amour
Que nous avons effleuré l'affection de la terre
Et sommes devenus aussi frais que le parler d'un seau d'eau.
Et que de fois l’avons-nous vue
Prendre ô combien de paniers
Pour aller à la cueillette d'une grappe de bonne nouvelle !
Mais il n'est point advenu
Qu'elle s'assoie face à l'évidence des colombes
Et elle s'en est allée au bord du rien,
S'est allongée derrière la patience des lumières,
Et n'a en rien pensé
Que dans l’échevelée scansion des portes, nous,
Pour manger une pomme,
Nous resterions si seuls.
* Ce poème a été composé en hommage à la poétesse iranienne Forough Farrokhzâd (1935-1967).
Poème extrait de VOLUME VERT de Sohrâb SEPEHRI
(traduit du persan par Tayebeh HASHEMI et Jean-Restom NASSER)
Libellés : Iran, peinture, poésie, Sepehri Sohrâb
dimanche 27 juillet 2008
Parcelle d'humanité

Quand je crois que la pierre est pierre, que le nuage est nuage, je suis en état d'inconscience.
Antonio Porchia
Libellés : photos, poésie, Porchia Antonio
vendredi 25 juillet 2008
Marguerite Duras : Les mains négatives
Devant l'océan
sous la falaise
sur la paroi de granit
ces mains
ouvertes
Bleues
Et noires
Du bleu de l'eau
Du noir de la nuit
L'homme est venu seul dans la grotte
face à l'océan
Toutes les mains ont la même taille
il était seul
L'homme seul dans la grotte a regardé
dans le bruit
dans le bruit de la mer
l'immensité des choses
Et il a crié
Toi qui est nommée toi qui est douée d'identité je t'aime
Ces mains
du bleu de l'eau
du noir du ciel
Plates
Posées écartelées sur le granit gris
Pour que quelqu'un les ait vues
Je suis celui qui appelle
Je suis celui qui appelait qui criait il y a trente mille ans
Je t'aime
Je crie que je veux t'aimer, je t'aime
J'aimerai quiconque entendra que je crie
Sur la terre vide resteront ces mains sur la paroi de granit face au fracas de l'océan
Insoutenable
Personne n'entendra plus
Ne verra
Trente mille ans
Ces mains-là, noires
La réfraction de la lumière fait frémir la paroi de pierre
Je suis quelqu'un je suis celui qui appelait qui criait dans cette lumière blanche
Le désir
le mot n'est pas encore inventé
Il a regardé l'immensité des choses dans le fracas des vagues, l'immensité de sa force
et puis il a crié
Au-dessus de lui les forêts d'Europe,
sans fin
Il se tient au centre de la pierre
des couloirs
des voies de pierre
de toutes parts
Toi qui est nommée toi qui es douée d'identité je t'aime d'un amour indéfini
Il fallait descendre la falaise
vaincre la peur
Le vent souffle du continent il repousse l'océan
Les vagues luttent contre le vent
Elles avancent
ralenties par sa force
et patiemment parviennent
à la paroi
Tout s'écrase
Je t'aime plus loin que toi
J'aimerai quiconque entendra que je crie que je t'aime
Trente mille ans
J'appelle
J'appelle celui qui me répondra
Je veux t'aimer je t'aime
Depuis trente mille ans je crie devant la mer le spectre blanc
Je suis celui qui criait qu'il t'aimait, toi
Marguerite DURAS
Libellés : Duras Marguerite, peinture, poésie
mardi 22 juillet 2008
Sohrâb Sepehri : Pochade

Pochade
Le ciel, plus bleu,
L'eau, plus bleue.
Moi sur la terrasse, Ra'anâ prés du bassin.
Elle lave du linge, Ra'anâ.
Les feuilles tombent.
Ce matin ma mère disait : c'est une saison triste.
Je lui ai dit : la vie est une pomme, il faut la croquer avec la peau.
La voisine à sa fenêtre brode, chante.
Moi, je lis des Védas, parfois aussi
J'esquisse une pierre, un oiseau, un nuage.
Soleil radieux.
Les étourneaux sont arrivés,
Les capucines ont fraîchement paru.
J'égrène une grenade, et je me dis :
Il serait bon, ces gens, que les grains de leur cœur soient apparents.
Gicle à mon œil le jus de la grenade : je verse des larmes.
Ma mère s'esclaffe.
Ra'anâ aussi.
Poème extrait de VOLUME VERT de Sohrâb SEPEHRI
(traduit du persan par Tayebeh HASHEMI et Jean-Restom NASSER)
Libellés : Iran, photos, poésie, Sepehri Sohrâb
samedi 19 juillet 2008
Sohrâb Sepehri : Nuit de la bonne solitude

Nuit de la bonne solitude
Écoute, le plus lointain oiseau du monde chante.
La nuit est fluide, une, béante.
Les géraniums
Et la branche la plus sonore de la saison entendent la lune.
L'escalier devant le bâtiment,
La porte, sa lanterne à la main,
Et dans la profusion de la brise...
Écoute, de loin le sentier hèle tes pas.
Tes yeux ne sont pas les atours de l'obscurité,
Dessille tes paupières, chausse-toi, et viens.
Et viens jusqu'à ce lieu où le duvet de la lune avertira tes doigts,
Où le temps s'assiéra près de toi sur une motte de terre,
Où les psaumes de la nuit attireront à eux ta silhouette comme un fragment de chant.
Là se trouve un orant qui te dira :
La meilleure chose est d'atteindre au regard embué par l'évènement de l'amour.
Poème extrait de VOLUME VERT de Sohrâb SEPEHRI
(traduit du persan par Tayebeh HASHEMI et Jean-Restom NASSER)
Libellés : Iran, peinture, poésie, Sepehri Sohrâb
vendredi 18 juillet 2008
jeudi 17 juillet 2008
mercredi 16 juillet 2008
mardi 15 juillet 2008
S. Sepehri : La clarté, moi, les fleurs, l'eau
La clarté, moi, les fleurs, l'eau
Pas de nuages,
Pas de vent.
Je m'assieds au bord du bassin :
Déambulation des poissons, la clarté, moi, les fleurs, l'eau.
Pureté de la grappe de vie.
Ma mère cueille du basilic.
Pain, basilic et fromage ; un ciel sans taches, des pétunias mouillés.
La délivrance proche : parmi les fleurs de la cour.
La lumière, dans le bol de cuivre, que de caresses verse-t-elle!
L'échelle, par le sommet du grand mur, apporte le matin sur la terre.
Derrière un sourire toute chose cachée.
Le mur du temps recèle une brèche d’où l’on aperçoit mon visage.
Il y a des choses que je ne sais pas.
Je sais, si j'arrache une herbe je mourrai.
Je m'élève jusqu'au zénith, je suis plein de l'aile et du plumage.
Je vois le chemin dans les ténèbres, je suis plein du fanal.
Je suis plein de la lumière, du sable,
Plein de la ramure.
Je suis plein du chemin, du pont, de la rivière, de l'onde.
Je suis plein du reflet de la feuille dans l'eau :
Comme mon dedans est seul.
Poème extrait de VOLUME VERT de Sohrâb SEPEHRI
(traduit du persan par Tayebeh HASHEMI et Jean-Restom NASSER)
Libellés : Iran, peinture, poésie, Sepehri Sohrâb
lundi 14 juillet 2008
Nos habitudes des grands échafaudages de poutrelles et de planches
Ici il y a l'indéterminé
Toute la misère éclatante
Des pans entiers écroulés du sommeil
Des lézardes et des rigoles de boue glacée
Et des paroles haletantes qui se maintiennent
Comme des feux follets
Comme la prescience de nos cris de haine
Ici il y a le tabernacle du mépris
Et nos vies somnambuliques
Nos yeux hagards et révulsés
Nos habitudes des grands échafaudages de poutrelles et de planches
Ici il y a les glaciers infranchissables
Du sarcasme et de la folie
Ici il n'y a rien qui soit au monde
Jacques Prevel
Libellés : poésie, Prevel Jacques
dimanche 13 juillet 2008
samedi 12 juillet 2008
vendredi 11 juillet 2008
S. Sepehri : Toujours

Toujours
Le soir
Quelques étourneaux
Quittèrent l'orbite de la mémoire du pin.
Demeura la bonté corporelle de l'arbre,
Et la pudeur de l'Illumination* coula sur mon épaule.
Parle, ô nocturne femme promise !
Sous les affectueuses ramures du vent
Dépose mon enfance entre mes mains.
Au cœur de ces " toujours " noirs,
Parle, sœur du parfaire chamarré !
Emplis mon sang des douceurs de l'intelligence.
Sur la rugosité du souffle de l'amour
Révèle mon pouls.
Marche au plus pur des terres
Jusqu'à la limpidité du jardin des mythes.
À l'orée de l'instant où le raisin flamboie,
Parle, houri du verbe primitif !
Épure ma langueur
Dans la lointaine embouchure de la locution,
Et dans tous les sables salants de la lassitude
Donne cours au gosier de l'eau.
Puis
Déploie le doux hier soir des paupières
Sur les prairies étales de la perception.
* Le terme ici employé par le poète, Eshrâq, est celui dont se servit au Xlle s. le penseur iranien Sohravardi pour qualifier sa doctrine. Henri Corbin (En islam iranien, II, pp. 47-50) en précise ainsi le sens : "... De même qu'il désigne (ce mot) dans le monde sensible la splendeur du matin, l'instant où le premier éclat de l'astre s'épanouit dans le pourpre de l'aurore levante, de même il désigne pour le ciel spirituel de l'âme l'instant épiphanique de la Connaissance de soi… ".
Poème extrait de VOLUME VERT de Sohrâb SEPEHRI
(traduit du persan par Tayebeh HASHEMI et Jean-Restom NASSER)
Libellés : Iran, peinture, poésie, Sepehri Sohrâb
jeudi 10 juillet 2008
S. Sepehri : Au-delà des mers

Au-delà des mers
Je construirai une barque,
Je la lancerai à l'eau,
Et je m'éloignerai de cette terre étrangère
Où nul dans le bosquet d'amour
N'éveille plus les héros.
La barque vide de filet,
Comme le cœur, du désir de perle,
Ainsi je naviguerai.
Ni aux bleus ne m'attacherai
Ni aux sirènes qui émergent de l'onde
Et, dans ce miroitement où gîte la solitude des pêcheurs,
Lancent des charmes du bout de leurs chevelures.
Ainsi je naviguerai.
Ainsi je chanterai :
" Il faut s'éloigner, s'éloigner.
À l'homme de cette ville-là manquait le mythe,
À la femme la plénitude des grappes de raisin.
Nul miroir de grand-salle n'y répétait les liesses,
Les flaques même n'y renvoyaient pas les flambeaux.
Il faut s'éloigner, s'éloigner.
La nuit a chanté son hymne,
C'est au tour des fenêtres. "
Ainsi je chanterai.
Ainsi naviguerai.
Au-delà des mers se trouve une ville
Dont les fenêtres ouvrent sur l'épiphanie*.
Les toits y sont le domaine de pigeons attentifs au jaillissement de l'intelligence humaine.
À la main de chaque enfant de dix ans se trouve une branche de connaissance.
Les gens de cette ville scrutent un simple pisé
Du même œil qu'une flamme, qu'un sommeil subtil.
La terre y entend la musique de tes sens
Et le bruit d'ailes des oiseaux du mythe s'y glisse avec le vent.
Au-delà des mers se trouve une ville
Où l’immensité du soleil est à la mesure des yeux des matineux.
Les poètes y sont les héritiers de l'eau, de la sagesse et de la lumière.
Au-delà des mers se trouve une ville !
Il faut construire une barque.
* Entendre ce mot dans son acception étymologique d'apparition, de manifestation.
Poème extrait de VOLUME VERT de Sohrâb SEPEHRI
(traduit du persan par Tayebeh HASHEMI et Jean-Restom NASSER)
Libellés : Iran, peinture, poésie, Sepehri Sohrâb
S. Sepehri : À Golestâneh

S. Sepehri
À Golestâneh
Des plaines si vastes !
Des montagnes si hautes !
À Golestâneh, il y avait une telle odeur d'herbe !
Moi, dans ce hameau, j'étais en quête de quelque chose :
Quête d'un rêve peut-être,
D'une lumière, d'un caillou, d'un sourire.
Derrière les peupliers
I1 y avait une insouciance pure, qui m'appelait.
Je suis resté au pied d'une roselière, le vent soufflait, j'ai tendu l'oreille :
Qui me parlait ?
Un lézard a glissé.
Je me suis mis en route.
Un champ de luzerne sur le chemin,
Puis les plants de concombre, les touffes de carthames*
Et l'oubli de la terre.
Au bord de l'eau
J'ai ôté mes guivés** et me suis assis, les pieds dans l'eau :
" Que je suis vert aujourd'hui
Et comme mon corps est en éveil !
Fasse que nulle tristesse ne survienne de derrière la montagne !
Qui est là-bas, derrière les arbres ?
Rien, une vache broute dans le clos.
C'est un midi d'été.
Les ombres savent quel été.
Des ombres sans tache,
Un coin clair et pur,
Enfants des sensations ! l'aire de jeux est ici.
La vie n'est pas creuse :
Il y a la tendresse, il y a la pomme, il y a la foi.
Oui
Il faut vivre, tant qu'existent les coquelicots.
Dans mon cœur se trouve une chose, comme un bosquet de lumière, comme
le sommeil du petit jour
Et je suis si fébrile que j'ai envie
De courir jusqu'au bout de la plaine, de grimper en haut de la montagne.
Dans les lointains il est une voix, qui m'appelle. "
* Safran bâtard ou safran des teinturiers.
** Sortes de babouches dont l'empeigne est en coton et la semelle en corde ou en cuir.
Poème extrait de VOLUME VERT de Sohrâb SEPEHRI
(traduit du persan par Tayebeh HASHEMI et Jean-Restom NASSER)
Libellés : Iran, peinture, poésie, Sepehri Sohrâb
mercredi 9 juillet 2008
Et nous avons parlé sachant ce que nous sommes
Vous qui savez que j'ai déjà vécu
Vous comprenez la portée de mes gestes
Et vous donnez un sens à mes paroles
Vous qui savez que je viens de la nuit
Vous qui savez que je vais à la nuit
Et que je suis un mort conscient parmi les morts
Vous connaissez mes joies et mes douleurs
Et le mal qui dévore mes jours l'un après l'autre
Vous m'avez révélé les formes et les rites
Et le peu que je suis et tout ce que je suis
Et nous avons parlé sachant ce que nous sommes :
Nos ombres écoutaient présentes autour de nous
Témoignant de nous-mêmes comme de fortes lumières
Jacques Prevel
Libellés : poésie, Prevel Jacques
mardi 8 juillet 2008
S. Sepehri : Une oasis dans l'instant

Une oasis dans l'instant
Si vous venez à moi,
Je me trouve derrière le pays du rien.
Derrière le pays du rien, il est un lieu.
Derrière le pays du rien, les veines de l'air regorgent d’aigrettes*
Apportant des nouvelles de la fleur éclose au plus lointain bouquet de la terre,
Et les sables gardent trace des chevaux de ces sublimes cavaliers qui, au matin,
Gravirent la colline où s’élève le coquelicot.
Derrière le pays du rien, le parapluie du désir est ouvert :
Dès qu'une brise de soif s'élance au cœur d'une feuille,
Le tocsin de la pluie se met à sonner.
Ici l'homme est seul
Et dans cette solitude l'ombre d'un orme court pour l'éternité.
Si vous venez à moi,
Venez-vous en doucement, de crainte que ne se craquelle
La fine porcelaine de ma solitude.
* Il s'agit des aigrettes du pissenlit dont le nom, en persan, signifie littéralement “ petite messagère “.
Poème extrait de VOLUME VERT de Sohrâb SEPEHRI
(traduit du persan par Tayebeh HASHEMI et Jean-Restom NASSER)
Libellés : Iran, peinture, poésie, Sepehri Sohrâb
Si l'on me cherche...
Si l'on me cherche
C'est un matin d'Hiver qu'on me trouvera
Un matin d'Hiver sous la pluie
Un matin quand la vie n'a plus de hasard
Mais que tout est pareil encore à l'Hiver
Les arbres le pavé la rue presque déserte
On me trouvera dans l'inutile
Dans un mot qui n'a pas de sens
Un mot qui n'a pas de raison
Jacques Prevel
Libellés : poésie, Prevel Jacques
lundi 7 juillet 2008
Comme cette pierre...
Comme cette pierre
Ma face a été battue et rougie
Mais elle se maintient silencieuse et comme cette pierre
Ses meurtrissures révèlent une histoire qui la garde
Et ma face où elle avait pressenti je ne sais quelles paroles
S'était penché sur ses lèvres mais elle s'est souvenue
Qu'elle était taillée pour le vent brutal
Car l'interdit fut jeté
Sur ma face dévorée de larmes
Jacques Prevel
Libellés : photos, poésie, Prevel Jacques
S. Sepehri : Les ailes du murmure

Les ailes du murmure
Il faut encore que la neige fonde sur le sol.
Il faut encore que se ferment tous ces parapluies, nénuphars à l'envers.
L'arbre est inachevé.
Sous la neige demeurent : le désir de la feuille de flotter au vent
Et l'éclat humide de l'œil de l'insecte
Et le lever de tête de la grenouille à l'horizon des perceptions de la vie.
Il faut encore que nos plateaux s'emplissent de la conversation des samboussehs* et de la fête.
Dans cet air qui ne résonne pas même de la poussée d'une branche,
Où ne parvient pas même le chant d'une aile par la brèche de la constellation neigeuse,
J'ai soif de murmure.
Il faut encore que l'oiseau recouvre la voix sur le mur en pisé des divagations de mars.
Alors que dois-je faire, moi,
Lorsque dans la plus nue saison de l'année, privé de gazouillis,
J'ai soif de murmure ?
Mieux vaut que je me lève,
Que je prenne les couleurs,
Que je peigne un oiseau sur ma propre solitude.
* Petites fleurs des environs de Kâchân (ville natale du poète) dont les autochtones se servent pour teindre les œufs en bleu lors de la fête de nowrouz, le nouvel an iranien célébré au moment de l'équinoxe de printemps.
Poème extrait de VOLUME VERT de Sohrâb SEPEHRI
(traduit du persan par Tayebeh HASHEMI et Jean-Restom NASSER)
Libellés : Iran, peinture, poésie, Sepehri Sohrâb
samedi 5 juillet 2008
S. Sepehri : Bruit de rencontre

Bruit de rencontre
Avec le panier je partis au marché, c'était le petit jour.
Les fruits chantaient,
Les fruits au soleil chantaient.
Dans les plateaux, la vie effleurant la perfection des peaux rêvait à d'inaltérables surfaces.
L'angoisse des vergers était patente à l'ombre de chaque fruit.
Parfois une inconnue nageait parmi les reflets des coings.
Chaque grenade étalait sa couleur jusqu'à la terre des orants.
La vision de mes concitoyens, hélas,
Était tangente à la circonférence de la splendeur des bigarades.
Je revins à la maison, ma mère demanda :
- Tu n'as pas acheté de fruits au marché ?
- Les fruits infinis, comment tiendraient-ils dans ce panier ?
- Je t'avais dit d’acheter au marché six livres de bonnes grenades !
- J'ai examiné une grenade,
Sa dilatation débordait le panier.
- Et les coings ? Mais enfin, le repas de midi...
- …
À midi, l'image des coings fuyait à travers les miroirs jusqu'aux lointains de la vie.
Poème extrait de VOLUME VERT de Sohrâb SEPEHRI
(traduit du persan par Tayebeh HASHEMI et Jean-Restom NASSER)
Libellés : Iran, peinture, poésie, Sepehri Sohrâb