jeudi 25 juin 2009

L'espace d'un frôlement




Hommes et choses, montent, descendent, s'éloignent, se rapprochent. Tout est comédie de distances.

Antonio Porchia

samedi 20 juin 2009

Jeune fille à la perle




Nul ne comprenait le parfum
du magnolia sombre de ton ventre.
Nul ne savait que tu martyrisais
un colibri d'amour entre tes dents.

Federico Garcia Lorca

mercredi 17 juin 2009

Quand je ne verrai plus




SABLES MOUVANTS

Quand je ne verrai plus, et si je vois, je Vous verrai. Quand mes yeux ne verront plus cet homme, quand ce sera vos yeux partout. Quand Vous serez avec moi. Et Vous serez la montagne, et Vous serez le monde qui ne finira plus. Je n'aurai plus d'oreilles, et j'entendrai ce que Vous entendez. Mes yeux sont la pupille de vos yeux, mes oreilles sont le tympan de vos oreilles, et je me prosterne avec mes genoux pour me prosterner jusqu'à Vous, pour me prosterner devant Vous qui ne finissez plus.

Bernard Collin

lundi 15 juin 2009

Lève les yeux




Si tu ne lèves pas les yeux, tu croiras que tu es le point le plus haut.

Antonio Porchia

samedi 13 juin 2009

Azur noir azur noir




Si le ciel et la mer sont noirs comme de l'encre,
Nos cœurs que tu connais sont remplis de rayons !

Charles Baudelaire

mercredi 10 juin 2009

Faim d'un jeu




(...) Notre royaume c'était une grande courbe de la voie ferrée qui finissait juste au bout du jardin. Il n'y avait rien d'autre que le ballast, les traverses, la double ligne des rails ; une herbe stupide et rare poussait entre les pierres (composées, comme on sait, de mica, et de quartz) qui brillaient comme de vrais diamants sous le soleil de deux heures. (...)

Julio Cortazar, Fin d'un jeu

mardi 9 juin 2009

Fixant l'azur




immobiles comme marbre toujours immobiles comme cette fois sur la pierre où cette fois dans les dunes étendus parallèles sur le sable fixant l'azur ou les yeux fermés azur noir azur noir immobiles comme marbre côte à côte la scène fait surface et vous y revoilà où que ce fût

Samuel Beckett

dimanche 7 juin 2009

Caresse




Le devenir d'un brin d'herbe
Est un secret pour la terre

samedi 6 juin 2009

L'homme à la nuque raide




Je fuis, pâle, défait, hanté par mon linceul,
Ayant peur de mourir lorsque je couche seul.

Stéphane Mallarmé

vendredi 5 juin 2009

Le sacrifice




J'ai vécu dans la solitude, et je n'ai rencontré que de rares et puissants fantômes. Certains sont lumineux et m'aident à traverser ce désert. Les autres sont couverts de sang comme je suis couvert de sang.

Jacques Prével

mercredi 3 juin 2009

Le voleur de lumière




Hors du visible
à peine on respire
que nous touche vif
le moindre merle.

Fernand Ouellette

mardi 2 juin 2009

Moi et la mer




Nous étions, moi et la mer. Et la mer était seule et moi seul. Un des deux manquait.

Antonio Porchia

lundi 1 juin 2009

Anatomie d'une solitude (2)




Avant cela, qu'y eut-il ? Et après cela qu'y eut-il ? Et cela, que fut-il ?

Antonio Porchia

dimanche 31 mai 2009

Anatomie d'une solitude




On a dit qu'il était passé
par le tamis des songes,
qu'il avait les reins fiévreux d'un chat,
qu'il retenait son âme avec les dents —
lambeau d'air et de bleu.

André Velter

samedi 30 mai 2009

Presque seul




Si la lumière s'éteint, tu restes seul dans la nuit,
et ce sont tes yeux ouverts qui t'éclairent.

Philippe Jaccottet

mardi 26 mai 2009

Aucun lieu, nulle part




Et des anges noirs volaient
dans le souffle du couchant.

dimanche 24 mai 2009

Alors, salut !




Rien, cette écume, vierge vers
À ne désigner que la coupe ;
Telle loin se noie une troupe
De sirènes mainte à l'envers.

Nous naviguons, ô mes divers
Amis, moi déjà sur la poupe
Vous l'avant fastueux qui coupe
Le flot de foudres et d'hivers ;

Une ivresse belle m'engage
Sans craindre même son tangage
De porter debout ce salut

Solitude, récif, étoile
À n'importe ce qui valut
Le blanc souci de notre toile.

Stéphane Mallarmé

samedi 23 mai 2009

Soupir




- Vers l'Azur attendri d'Octobre pâle et pur
Qui mire aux grands bassins sa langueur infinie
Et laisse, sur l'eau morte où la fauve agonie
Des feuilles erre au vent et creuse un froid sillon,
Se traîner le soleil jaune d'un long rayon.

Stéphane Mallarmé

jeudi 21 mai 2009

Crie avec tes rires




Ne te livre pas comme un paquet ficelé. Ris avec tes cris ; crie avec tes rires.

Henri Michaux

mardi 19 mai 2009

Entre-deux




Tu tiens vraiment à monter à l'échelle ? Et si c'est pour finir pendu ?

Henri Michaux

dimanche 17 mai 2009

Sur le carreau




Je rêve aux images élémentaires, aux rêves que d'autres, en d'autres situations, d'autres temps et lieux, en des corps différents surtout...ont pu avoir. Leurs images de base - fondements de leur tempérament -, répondant à leurs faims, leurs besoins, leurs penchants, si je pouvais les voir..., à leur débouché comme elles leur arrivent dans l'abandon nocturne, lorsque des accidents de la vie, y ayant jeté le trouble, celui-ci alors les leur remet brusquement en lumière, en désordre, à la diable, groupés avec de l'hétérogène, dans une simultanéité inattendue - baroque et cocasse accord d'un merveilleux sans pareil, ambigu et traître -
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
moi, directement me nourrissant de leur matérialité muée.

Henri Michaux

mardi 12 mai 2009

En quête d'hirondelles




Si tu es un homme appelé à échouer, n'échoue pas toutefois n'importe comment.

Henri Michaux

dimanche 10 mai 2009

Viatiques




Le profond, vu avec profondeur, est surface.

Antonio Porchia

vendredi 8 mai 2009

Patience dans l'azur !




Patience, patience,
Patience dans l'azur !
Chaque atome de silence
Est la chance d'un fruit mûr !

Paul Valéry

dimanche 3 mai 2009

Je me suis dépris




(...)
Il se dit : "Mais voilà, je me suis dépris, et il m'y a fallu du temps, mais je me suis dépris quand même."
Alors il est heureux, il ne voit qu'une chose : c'est qu'il est vivant. Il a des yeux qui lui servent à voir, une bouche qui respire, un corps (et il le tâte) pour aller comme il veut, où il veut, tant qu'il veut.
Il voit qu'il a une voix aussi qui lui revient, parce que les mots qu'il pense à présent se forment à mesure avec bruit sur sa langue; une voix qui va plus vite que lui et qui court en avant de lui pour l'annoncer comme ferait un chien.
(...)

Charles-Ferdinand Ramuz, Derborence

vendredi 1 mai 2009

De l'art de l'effacement




S A T O R
A R E P O
T E N E T
O P E R A
R O T A S

mardi 28 avril 2009

À moitié vide




Hélas! ai-je pensé, malgré ce grand nom d'Hommes,
Que j'ai honte de nous, débiles que nous sommes!

dimanche 26 avril 2009

Rien qu'une pierre




(...)
Je ne suis rien qu'une pierre
Que l'on a usée jusqu'à lui donner une forme vile et dérisoire
Mais je suis sûr que je n'étais pas cela
Je suis sûr que j'étais un granit avec des saillies comme des couteaux tranchants

Jacques Prevel

vendredi 24 avril 2009

Jamais un regard




jamais un regard pour son visage ou autre partie jamais un geste vers elle ni d'elle vers toi toujours parallèles comme aux deux bouts d'un essieu jamais l'un vers l'autre rien que deux taches floues aux limites du champ sans jamais vous toucher ni rien de cette nature toujours de l'espace entre vous ne serait-ce qu'un centimètre point d'attouchement manière chair et sang guère mieux que deux ombres guère plus mal n'eussent été les serments

Samuel Beckett

mardi 21 avril 2009

À un pas de tout




Je suis arrivé à un pas de tout. Et là je reste, loin de tout, à un pas.

Antonio Porchia

dimanche 19 avril 2009

L'aube




Le front aux vitres comme font les veilleurs de chagrin
Ciel dont j’ai dépassé la nuit
Plaines toutes petites dans mes mains ouvertes
Dans leur double horizon inerte indifférent
Le front aux vitres comme font les veilleurs de chagrin
Je te cherche par delà l’attente
Par delà moi même
Et je ne sais plus tant je t’aime
Lequel de nous deux est absent.

Paul Éluard

vendredi 17 avril 2009

Elle a des yeux, l'image de l'homme




Si quelqu'un regarde dans le miroir, un homme, et qu'il y voit son image, comme reproduite, elle ressemble à l'homme. Elle a des yeux, l'image de l'homme, par contre de la lumière la lune.
(...)

Friedrich Hölderlin

dimanche 12 avril 2009

La quête du Simorgh




Avant de parcourir mon chemin j'étais mon chemin.

Antonio Porchia

samedi 11 avril 2009

Exit




Et si tu trouves quelque chose encore, tu n'as pas tout perdu. Il te reste à perdre quelque chose encore.

Antonio Porchia

jeudi 9 avril 2009

Viens !




Viens ! dans l'Ouvert, ami ! Peu, c'est vrai, brille aujourd'hui
Venant d'en haut, et à l'étroit nous tient le ciel prisonniers.
(...)

Friederich Hölderlin

mardi 7 avril 2009

Prêchi-prêcha




Il y a longtemps que je ne demande rien au ciel et mes bras ne sont toujours pas retombés.

Antonio Porchia

dimanche 5 avril 2009

Vague à l'âme




Les médecins ont tort d'appeler "cancer" le vague à l'âme des petits conduits.

samedi 4 avril 2009

Le souffle du couchant




Mais si l'on demande : à quoi bon des dieux dans la maison de l'hôte ?
A cela répondez :
(...)
un partage lie aussi les dieux
Car le statut de la vie lie tous les vivants.

Friedrich Hölderlin

mercredi 1 avril 2009

Fabrique de l'homme occidental




À tous les repas pris en commun, nous invitons la liberté à s'asseoir. La place demeure vide mais le couvert reste mis.

René Char

lundi 30 mars 2009

Dupuytren




Ainsi la triste histoire une dernière fois redite ils restèrent assis comme devenus de pierre. Par l'unique fenêtre l'aube ne versait nul jour. De la rue nul bruit de résurrection. A moins qu'abîmés dans qui sait quelles pensées ils n'y fussent insensibles. A la lumière du jour. Au bruit de résurrection. Quelles pensées qui sait. Pensées non, pas pensées. Abîmes de conscience. Abîmés dans qui sait quels abîmes de conscience. D'inconscience. Jusqu'où nul jour ne peut atteindre. Nul bruit. Ainsi restèrent assis comme devenus de pierre. La triste histoire une dernière fois redite.

Samuel Beckett

samedi 28 mars 2009

Le père du père de mon père




Je m'souviens mon père disait...



Quand le père du père de mon père avait une tâche difficile à accomplir, il se rendait à un certain endroit dans la forêt, allumait un feu et se plongeait dans une prière silencieuse. Et ce qu'il avait à accomplir se réalisait.



Quand, plus tard, le père de mon père se trouva confronté à la même tâche, il se rendit à ce même endroit dans la forêt et dit : "nous ne savons plus allumer le feu mais nous savons encore dire la prière". Et ce qu'il avait à accomplir se réalisa.



Plus tard, mon père (…) lui aussi alla dans la forêt et dit : "nous ne savons plus allumer le feu, nous ne connaissons plus les mystères de la prière mais nous connaissons encore l'endroit précis dans la forêt ou cela se passait et cela doit suffire". Et cela fut suffisant (…)



Mais quand, à mon tour, j'eus à faire face à la même tâche, je suis resté à la maison et j'ai dit : "nous ne savons plus allumer le feu, nous ne savons plus dire les prières, nous ne connaissons même plus l'endroit dans la forêt mais nous savons encore raconter l'histoire".



Ainsi parlait mon père...

jeudi 26 mars 2009

Qu'il était bleu, le ciel




Colloque sentimental

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux formes ont tout à l'heure passé.

Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
Et l'on entend à peine leurs paroles.

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux spectres ont évoqué le passé.

-Te souvient-il de notre extase ancienne ?
-Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne ?

-Ton cœur bat-il toujours à mon seul nom ?
Toujours vois tu mon âme en rêve? -Non.

-Ah! les beaux jours de bonheur indicible
Où nous joignions nos bouches! -C'est possible.

Qu'il était bleu, le ciel, et grand l'espoir !
-L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

Tels ils marchaient dans les avoines folles,
Et la nuit seule entendit leurs paroles.

Paul Verlaine

mardi 24 mars 2009

Dégradation




Ma pensée m'abandonne, à tous les degrés. Depuis le fait simple de la pensée jusqu'au fait extérieur de sa matérialisation dans les mots. Mots, formes de phrases, directions intérieures de la pensée, réactions simples de l'esprit, je suis à la poursuite constante de mon être intellectuel. Lors donc que je peux saisir une forme, si imparfaite soit-elle, je la fixe, dans la crainte de perdre toute la pensée. Je suis au-dessous de moi-même, je le sais, j'en souffre, mais j'y consens dans la peur de ne pas mourir tout à fait.

Antonin Artaud (Lettres à Jacques Rivière)

dimanche 22 mars 2009

Vagabondage




Quand je rencontre une idée qui n'est pas de ce monde, c'est comme si pour moi grandissait le monde.

Antonio Porchia

mardi 17 mars 2009

Marron glacé




...Avec le temps qu'arbre défeuille
Quand il ne reste en branche feuille
Qui n'aille à terre
Avec pauvreté qui m'atterre
Qui de partout me fait la guerre
Au temps d'hiver...

Rutebeuf