vendredi 18 février 2011

Part d'ombre




Je ne pense rien je ne comprends rien
Je suis comme une pierre qui retrouverait sa forme primitive
Quand elle fut rejetée sur une plage déserte
Et que tout commença et se perdit de la même façon

Jacques Prevel

dimanche 13 février 2011

Ni l'ombre ni la lumière




Pas même la certitude de marcher à la rencontre
Du vide et du silence

Jacques Prevel

mardi 6 octobre 2009

je te tiens tu me tiens




...
Et vagabond d'un Monde absent
J'entraîne avec moi la nuit
Et la douleur avide de mes désastres obscurs
Et ma face est détruite et mon enfance en pleur.
Ma chute s'accomplit dans le silence
Ou des voix retentissent déchirantes et brisées
Ma chute illimitée vertigineuse et sans grandeur.

Jacques Prevel

vendredi 5 juin 2009

Le sacrifice




J'ai vécu dans la solitude, et je n'ai rencontré que de rares et puissants fantômes. Certains sont lumineux et m'aident à traverser ce désert. Les autres sont couverts de sang comme je suis couvert de sang.

Jacques Prével

dimanche 26 avril 2009

Rien qu'une pierre




(...)
Je ne suis rien qu'une pierre
Que l'on a usée jusqu'à lui donner une forme vile et dérisoire
Mais je suis sûr que je n'étais pas cela
Je suis sûr que j'étais un granit avec des saillies comme des couteaux tranchants

Jacques Prevel

mercredi 11 février 2009

La réalité des pierres




Je ne connais du monde que la réalité des pierres pour les avoir reçues à toute volée à la face. Je ne les ai pas rejetées après qu'elles retombèrent à mes pieds avec un bruit sans écho. Mais je les garde avec la terre qui leur servit d'empreinte. Je les garde comme une gangue arrachée après une lutte sans merci. Elles contiennent je le sais ma seule et véritable puissance. À travers leur opacité sanglante, le monde me fut révélé, et je n'aurais jamais reçu le don sans leur arête sur ma chair.

À travers leur opacité je sais que le monde est présent (...)

Jacques Prevel

mardi 12 août 2008

Comme ces oiseaux brisant le vol de leur désir




Des ailes de pierre
Et des oiseaux de chair brisant ces formes sacrilèges
Pétrifiées sous le ciel en marche
Le ciel décoloré comme ta mémoire
Le ciel qui sait pleurer et rire comme tes yeux
Et l'espoir insensé montant en tourbillon
Comme ces oiseaux brisant le vol de leur désir
Et ma vie est suspendue dans le silence
De ces ailes de pierre immobiles
Déchiquetant ta face qui me reflète
L'espoir de pénétrer ta vie et de mourir
Comme ces oiseaux brisant le vol de leur désir.

Jacques Prével

samedi 2 août 2008

Et si un jour un homme se levait...




Et si un jour un homme se levait parmi les hommes
Et si un jour un homme s'avançait parmi les hommes pour être mon ami
Un homme assez pur pour m'éprouver tout entier
Un homme assez fou et assez vide de sens pour me comprendre
Un homme de ma race
Mais ayant brisé les échecs et les peurs
Et qui lirait à travers les années sans nombre
Un homme qui ne craindrait pas mes sarcasmes
Et qui ne craindrait pas ma haine
Peut-être sans épouvante
Peut-être le reconnaîtrais-je avant de basculer dans la nuit

Jacques Prevel

lundi 14 juillet 2008

Nos habitudes des grands échafaudages de poutrelles et de planches

Ici il y a l'indéterminé
Toute la misère éclatante
Des pans entiers écroulés du sommeil
Des lézardes et des rigoles de boue glacée
Et des paroles haletantes qui se maintiennent
Comme des feux follets
Comme la prescience de nos cris de haine
Ici il y a le tabernacle du mépris
Et nos vies somnambuliques
Nos yeux hagards et révulsés
Nos habitudes des grands échafaudages de poutrelles et de planches
Ici il y a les glaciers infranchissables
Du sarcasme et de la folie
Ici il n'y a rien qui soit au monde

Jacques Prevel

mercredi 9 juillet 2008

Et nous avons parlé sachant ce que nous sommes

Vous qui savez que j'ai déjà vécu
Vous comprenez la portée de mes gestes
Et vous donnez un sens à mes paroles
Vous qui savez que je viens de la nuit
Vous qui savez que je vais à la nuit
Et que je suis un mort conscient parmi les morts
Vous connaissez mes joies et mes douleurs
Et le mal qui dévore mes jours l'un après l'autre
Vous m'avez révélé les formes et les rites
Et le peu que je suis et tout ce que je suis
Et nous avons parlé sachant ce que nous sommes :
Nos ombres écoutaient présentes autour de nous
Témoignant de nous-mêmes comme de fortes lumières

Jacques Prevel

mardi 8 juillet 2008

Si l'on me cherche...

Si l'on me cherche
C'est un matin d'Hiver qu'on me trouvera
Un matin d'Hiver sous la pluie
Un matin quand la vie n'a plus de hasard
Mais que tout est pareil encore à l'Hiver
Les arbres le pavé la rue presque déserte
On me trouvera dans l'inutile
Dans un mot qui n'a pas de sens
Un mot qui n'a pas de raison

Jacques Prevel

lundi 7 juillet 2008

Comme cette pierre...




Comme cette pierre
Ma face a été battue et rougie
Mais elle se maintient silencieuse et comme cette pierre
Ses meurtrissures révèlent une histoire qui la garde
Et ma face où elle avait pressenti je ne sais quelles paroles
S'était penché sur ses lèvres mais elle s'est souvenue
Qu'elle était taillée pour le vent brutal
Car l'interdit fut jeté
Sur ma face dévorée de larmes

Jacques Prevel