dimanche 21 août 2011

Le balcon




Si j'étais celui que je suis
je ne serai pas ce que je suis

samedi 9 juillet 2011

D'un pas ferme




je vais d'un pas
ferme
sur un chemin
à l'issue incertaine

Abbas Kiarostami

samedi 11 septembre 2010

Tellement bête




Le monstre naît d'un désordre intérieur où cohabitent la vie la mort.

Marc Le Bot

mardi 7 septembre 2010

Artefact




Moi, ce que je voudrais bien trouver dans chaque homme, c'est une pulsation, un mouvement régulier et souple qui l'accorde au temps et au monde. Alors je me mets à l'unisson avec lui, et je l'écoute, je l'observe, je le visite.

J.M.G. Le Clézio

dimanche 5 septembre 2010

Noir c'est noir (3)




Cher frère blanc

Quand je suis né, j'étais noir,
Quand j'ai grandi, j'étais noir,
Quand je suis au soleil, je suis noir,
Quand je suis malade, je suis noir,
Quand je mourrai, je serai noir.

Tandis que toi, homme blanc,
Quand tu es né, tu étais rose,
Quand tu as grandi, tu étais blanc,
Quand tu vas au soleil, tu es rouge,
Quand tu as froid, tu es bleu,
Quand tu as peur, tu es vert,
Quand tu es malade, tu es jaune,
Quand tu mourras, tu seras gris.

Alors, de nous deux,
Qui est l'homme de couleur ?

Léopold Sédar Senghor

vendredi 3 septembre 2010

Noir c'est noir (2)




Que dirais-je de l'humanité d'aujourd'hui ?
Je dirais que ses rues sont larges.

Antonio Porchia

mercredi 1 septembre 2010

Noir c'est noir (1)




je n'ai été que le spectateur
d'une pomme
tombant de la branche

Abbas Kiarostami, Havres
(traduction Tayebeh Hashemi et Jean-Restom Nasser)

mercredi 25 août 2010

Sur le fil




Certaines choses se font nôtres à ce point que nous les oublions.

Antonio Porchia

samedi 17 juillet 2010

Ces gens qui sont des arbres (2)




Je parle en pensant que je ne devrais pas parler : ainsi je parle.

Antonio Porchia

dimanche 11 juillet 2010

Dragon




Le dragon est la dernière pensée qui résiste au chaos de la pensée...

Marc Le Bot

mardi 1 juin 2010

L'oeil a-t-il disparu ?




Alors il dit: « je veux habiter sous la terre
Comme dans son sépulcre un homme solitaire ;
Rien ne me verra plus, je ne verrai plus rien. »
On fit donc une fosse, et Caïn dit « C'est bien ! »
Puis il descendit seul sous cette voûte sombre.
Quand il se fut assis sur sa chaise dans l'ombre
Et qu'on eut sur son front fermé le souterrain,
L'œil était dans la tombe et regardait Caïn.

Victor Hugo

dimanche 9 mai 2010

Cristallin




Dans le temps qu'on apprend, on ignore par où on apprend.

Antonio Porchia

jeudi 6 mai 2010

Stupéfait tout le temps




Être vivant, c'est d'abord savoir regarder. Pour ceux dont la vie n'est pas sûre, regarder est une action. C'est la première jouissance effective de l'être vivant. Il est né. Le monde est autour de lui. Le monde est en lui. Il le voit. Il le regarde. Les yeux bougent, s'orientent ensemble, les prunelles fixent les choses. Les formes sont. Rien ici n'est immobile. Tout bouge, bouge, bouge à la folie. Le regard donne son mouvement au monde. Il le façonne. Il tâte les angles, suit le contour des lignes, des arrondis, des droites. Il se pose, il goûte les couleurs. Rouge. Blanc. Bleu. Bleu encore, mais plus sombre. Vert. Autre rouge. Autre blanc. Pas une couleur pareille. Toutes se font et se défont à chaque regard. Il ne faut pas s'habituer. Il faut être stupéfait tout le temps, par chaque nouvelle vision.

J.M.G. Le Clézio

samedi 1 mai 2010

Mélé Tunès




Combien, fatigués de mentir, se suicident en n'importe quelle vérité.

Antonio Porchia

vendredi 2 avril 2010

Que ma joie demeure




Ne renoncez à rien. Ni au bonheur, ni à l'amour, ni à la colère, ni à l'intelligence. N'hésitez pas; prenez le plaisir dans le plaisir, l'orgueil dans l'orgueil. Si on vous cherche querelle, emportez-vous. Si on vous frappe, répondez. Parlez. Cherchez le bonheur, aimez vos biens, votre argent. Possédez. Petit à petit, sans ostentation, prenez tout ce qui est utile, et tout ce qui est inutile aussi, et vivez dans l'essentiel. Puis, quand vous aurez tout pris sur cette terre, prenez-vous vous-même : enfermez-vous dans une seule grande chambre grise et froide, aux murs nus. Et là, tournez-vous vers vous-même, et visitez-vous, visitez-vous tout le temps.

J.M.G. Le Clézio

dimanche 14 février 2010

Dame de trèfle




J'ai bientôt déniché la bottine, le bas...
- Je reconstruis les corps, brûlé de belles fièvres.

Arthur Rimbaud

dimanche 31 janvier 2010

Ode au pain




Nous irons, couronnés
d’épis,
conquérir
terre et pain pour tous,
et alors
la vie aussi
aura forme de pain,
elle sera simple et profonde,
innombrable et pure.


Pablo Neruda

mardi 12 janvier 2010

Plis et repli




Lasse et bonne une femme s'attardait
Près du trône de Dieu ; et Lui,
Il fit de l'univers un grand chemin d'herbe
Pour ses pas vagabonds.

W. B. Yeats

samedi 2 janvier 2010

Tête à tête




métamorphose du même dans toutes ses solitudes...

mercredi 25 novembre 2009

Ô solitude




Ce ne peut être que la fin du monde, en avançant.

dimanche 22 novembre 2009

Le narcissiste




Autoportrait malgré une trompeuse apparence d'altérité.

dimanche 1 novembre 2009

Voyeur




Comme les pierres du Commencement
Comme le commencement de la Pierre
Comme le commencement pierre contre pierre
Voici les fastes de la nuit :
Le poème encore sans visage
Le bois encore sans arbres
Les chants encore sans nom

À pas de léopard c'est l'irruption de la lumière
La parole se lève ondule tombe
Et c'est une grande blessure un silence sans tâche.

Octavio Paz

dimanche 11 octobre 2009

Contorsions




L'intemporel n'est pas plus occulté par le temporel que le temporel n'est occulté par l'intemporel. C'est entre tes mains, tout cela, l'un comme l'autre.

Henri Michaux

mardi 6 octobre 2009

je te tiens tu me tiens




...
Et vagabond d'un Monde absent
J'entraîne avec moi la nuit
Et la douleur avide de mes désastres obscurs
Et ma face est détruite et mon enfance en pleur.
Ma chute s'accomplit dans le silence
Ou des voix retentissent déchirantes et brisées
Ma chute illimitée vertigineuse et sans grandeur.

Jacques Prevel

dimanche 4 octobre 2009

Etouffe l'âme




J'ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d'or d'étoile à étoile, et je danse.

Arthur Rimbaud

vendredi 2 octobre 2009

De la verticalité du monde




Si nul ne le rêvait
comment pourrait-il s'étoiler ?
L'homme a peu de racines
dans le bleu qui monte.

Fernand Ouellette

mardi 22 septembre 2009

Sabbat




Le haut étang fume continuellement. Quelle sorcière va se dresser sur le couchant blanc ? Quelles violettes frondaisons vont descendre ?

Arthur Rimbaud

lundi 14 septembre 2009

L'origine du monde




Le monde ici ne cesse jamais d'avoir lieu

mercredi 15 juillet 2009

Tout contre




La lumière coule sur la peau du jour
Goutte immense où le temps se reflète et s'apaise.

Octavio Paz

vendredi 10 juillet 2009

Dinosaure




(...)
les saisons et les hommes coulent comme un seul fleuve interminable
sous les arches de siècles,
vers le centre vivant de l'origine, au-delà de la fin et du commencement.

Octavio Paz

samedi 27 juin 2009

Si tu vas ton chemin




On dira que tu vas par un chemin d'erreur, si tu vas ton chemin.

Antonio Porchia

vendredi 26 juin 2009

Autoportrait sans traits




Quand je dis ce que je dis, c'est parce que m'a vaincu ce que je dis.

Antonio Porchia

mercredi 3 juin 2009

Le voleur de lumière




Hors du visible
à peine on respire
que nous touche vif
le moindre merle.

Fernand Ouellette

lundi 1 juin 2009

Anatomie d'une solitude (2)




Avant cela, qu'y eut-il ? Et après cela qu'y eut-il ? Et cela, que fut-il ?

Antonio Porchia

samedi 30 mai 2009

Presque seul




Si la lumière s'éteint, tu restes seul dans la nuit,
et ce sont tes yeux ouverts qui t'éclairent.

Philippe Jaccottet

mardi 26 mai 2009

Aucun lieu, nulle part




Et des anges noirs volaient
dans le souffle du couchant.

mardi 19 mai 2009

Entre-deux




Tu tiens vraiment à monter à l'échelle ? Et si c'est pour finir pendu ?

Henri Michaux

dimanche 3 mai 2009

Je me suis dépris




(...)
Il se dit : "Mais voilà, je me suis dépris, et il m'y a fallu du temps, mais je me suis dépris quand même."
Alors il est heureux, il ne voit qu'une chose : c'est qu'il est vivant. Il a des yeux qui lui servent à voir, une bouche qui respire, un corps (et il le tâte) pour aller comme il veut, où il veut, tant qu'il veut.
Il voit qu'il a une voix aussi qui lui revient, parce que les mots qu'il pense à présent se forment à mesure avec bruit sur sa langue; une voix qui va plus vite que lui et qui court en avant de lui pour l'annoncer comme ferait un chien.
(...)

Charles-Ferdinand Ramuz, Derborence

mardi 28 avril 2009

À moitié vide




Hélas! ai-je pensé, malgré ce grand nom d'Hommes,
Que j'ai honte de nous, débiles que nous sommes!

dimanche 26 avril 2009

Rien qu'une pierre




(...)
Je ne suis rien qu'une pierre
Que l'on a usée jusqu'à lui donner une forme vile et dérisoire
Mais je suis sûr que je n'étais pas cela
Je suis sûr que j'étais un granit avec des saillies comme des couteaux tranchants

Jacques Prevel

vendredi 24 avril 2009

Jamais un regard




jamais un regard pour son visage ou autre partie jamais un geste vers elle ni d'elle vers toi toujours parallèles comme aux deux bouts d'un essieu jamais l'un vers l'autre rien que deux taches floues aux limites du champ sans jamais vous toucher ni rien de cette nature toujours de l'espace entre vous ne serait-ce qu'un centimètre point d'attouchement manière chair et sang guère mieux que deux ombres guère plus mal n'eussent été les serments

Samuel Beckett

mardi 21 avril 2009

À un pas de tout




Je suis arrivé à un pas de tout. Et là je reste, loin de tout, à un pas.

Antonio Porchia

dimanche 12 avril 2009

La quête du Simorgh




Avant de parcourir mon chemin j'étais mon chemin.

Antonio Porchia

mardi 7 avril 2009

Prêchi-prêcha




Il y a longtemps que je ne demande rien au ciel et mes bras ne sont toujours pas retombés.

Antonio Porchia

lundi 9 mars 2009

Échu




Les anges nous traversent parce qu'ils
sont nous-mêmes
désinvoltes dans l'extase et tout en
précaution
pour celui qui, tantôt l'un tantôt l'autre,
risque la chute.

Paul Chamberland

vendredi 20 février 2009

Au milieu de cette agitation




Et, au milieu de cette agitation, ils passaient, absorbés, comme deux hommes traversant à vive allure une vaste solitude.

mercredi 11 février 2009

La réalité des pierres




Je ne connais du monde que la réalité des pierres pour les avoir reçues à toute volée à la face. Je ne les ai pas rejetées après qu'elles retombèrent à mes pieds avec un bruit sans écho. Mais je les garde avec la terre qui leur servit d'empreinte. Je les garde comme une gangue arrachée après une lutte sans merci. Elles contiennent je le sais ma seule et véritable puissance. À travers leur opacité sanglante, le monde me fut révélé, et je n'aurais jamais reçu le don sans leur arête sur ma chair.

À travers leur opacité je sais que le monde est présent (...)

Jacques Prevel

mercredi 4 février 2009

Humanimalité




La douleur humaine, quand elle dort, n'a pas de forme. Si on la réveille, elle prend la forme de qui la réveille.

Antonio Porchia

mercredi 28 janvier 2009

Bienvenue aux Nations Unies


lundi 26 janvier 2009

Sauras-tu jamais ce que les doigts pensent...