
Tout comme le corps est assujetti aux mots pour devenir habitable au sujet, les choses doivent devenir des mots pour que l'homme accède à leur présence.
Pierre Legendre
Le petit théâtre de NÛSSOUMELOK Ier, roi de Nulle Part
Le véritable voyageur "c'est celui qui, en chaque pays parcouru, par la seule rencontre des autres et l'oubli nécessaire de lui-même, y recommence sa naissance."

Tout comme le corps est assujetti aux mots pour devenir habitable au sujet, les choses doivent devenir des mots pour que l'homme accède à leur présence.
Pierre Legendre
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J'ai déjà disparu dans mon impuissance. J'ai déjà renoncé dans mon inimaginable. Je suis déjà soustrait, arraché, promis au vide. Je suis déjà mort, oui, mort des millions de fois à chaque geste que je faisais pour être vivant.
J.M.G. Le Clézio
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Quand je serai mort, ces objets qui m'ont connu cesseront de me haïr. Quand ma vie en moi sera éteinte, quand j'éparpillerai enfin cette unité qui m'avait été donnée, alors le tourbillon changera de centre, et le monde retournera à son existence. Les affrontements du oui et du non, les tumultes, les rapides mouvements, les oppressions n'auront plus court. Quand s'arrêtera le courant glacé et brûlant du regard, quand cessera de parler cette voix cachée qui simultanément affirmait et niait, quand tout ce vacarme hideux et douloureux se sera tu, le monde refermera simplement cette blessure, et étendra sa couche de nouvelle peau douce et calme.
J.M.G. Le Clézio
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Faut-il rejeter tout cet engrais accumulé depuis la naissance, depuis des siècles ? Ces tics, langages, coutumes, gestes, croyances, pensées ? Faut-il fouiller au fond de soi, au plus profond, défaire, vomir tout son passé ? Est-ce seulement possible ? Et si on pouvait le faire, que trouverait-on qu'on ne sache déjà ?
J.M.G. Le Clézio
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Cette rue, comme les autres rues, comme les autres lieux du présent, m'a échappée. J'y étais, et dans le même temps, je n'y étais pas. J'avais mes racines dans la réalité, dans l'espace et le temps ressentis, mais je ne pouvais plus m'étendre...
J.M.G. Le Clézio
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Moi, ce que je voudrais bien trouver dans chaque homme, c'est une pulsation, un mouvement régulier et souple qui l'accorde au temps et au monde. Alors je me mets à l'unisson avec lui, et je l'écoute, je l'observe, je le visite.
J.M.G. Le Clézio
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Je nomme violence une audace au repos amoureuse des périls. On la distingue dans un regard, une démarche, un sourire, et c'est en vous qu'elle produit des remous. Elle vous démonte. Cette violence est un calme qui vous agite.
Jean Genêt
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Je ne suis que le fil mince qui s'embrase sous le courant trop fort pour lui, et qui se brûle en voulant éclairer les arêtes des choses. Et quand ce fil sera rompu, et que l'aveugle reprendra le monde, chaque objet continuera d'être ce qu'il avait été, sans que rien de mon regard ait pu le créer.
J.M.G. Le Clézio
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Tout est rythme. Comprendre la beauté, c'est parvenir à faire coïncider son rythme propre avec celui de la nature. Chaque chose, chaque être a une indication particulière. Il porte en lui son chant. Il faut être en accord avec lui jusqu'à se confondre.
J.M.G. Le Clézio
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Ne renoncez à rien. Ni au bonheur, ni à l'amour, ni à la colère, ni à l'intelligence. N'hésitez pas; prenez le plaisir dans le plaisir, l'orgueil dans l'orgueil. Si on vous cherche querelle, emportez-vous. Si on vous frappe, répondez. Parlez. Cherchez le bonheur, aimez vos biens, votre argent. Possédez. Petit à petit, sans ostentation, prenez tout ce qui est utile, et tout ce qui est inutile aussi, et vivez dans l'essentiel. Puis, quand vous aurez tout pris sur cette terre, prenez-vous vous-même : enfermez-vous dans une seule grande chambre grise et froide, aux murs nus. Et là, tournez-vous vers vous-même, et visitez-vous, visitez-vous tout le temps.
J.M.G. Le Clézio
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Ne proclame pas tes buts. Même et surtout si tu les vois, ou crois les voir. Au départ déjà, te restreindre !
Henri Michaux
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L'intemporel n'est pas plus occulté par le temporel que le temporel n'est occulté par l'intemporel. C'est entre tes mains, tout cela, l'un comme l'autre.
Henri Michaux
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Si affaissé, brimé, si fini que tu sois, demande-toi régulièrement - et irrégulièrement - "Qu'est-ce qu'aujourd'hui encore je peux risquer ?"
Henri Michaux
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de même que toi tu n'es pas confident des Secrets
tu supposes que les autres ne le sont pas non plus

(...) Notre royaume c'était une grande courbe de la voie ferrée qui finissait juste au bout du jardin. Il n'y avait rien d'autre que le ballast, les traverses, la double ligne des rails ; une herbe stupide et rare poussait entre les pierres (composées, comme on sait, de mica, et de quartz) qui brillaient comme de vrais diamants sous le soleil de deux heures. (...)
Julio Cortazar, Fin d'un jeu
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immobiles comme marbre toujours immobiles comme cette fois sur la pierre où cette fois dans les dunes étendus parallèles sur le sable fixant l'azur ou les yeux fermés azur noir azur noir immobiles comme marbre côte à côte la scène fait surface et vous y revoilà où que ce fût
Samuel Beckett
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Je rêve aux images élémentaires, aux rêves que d'autres, en d'autres situations, d'autres temps et lieux, en des corps différents surtout...ont pu avoir. Leurs images de base - fondements de leur tempérament -, répondant à leurs faims, leurs besoins, leurs penchants, si je pouvais les voir..., à leur débouché comme elles leur arrivent dans l'abandon nocturne, lorsque des accidents de la vie, y ayant jeté le trouble, celui-ci alors les leur remet brusquement en lumière, en désordre, à la diable, groupés avec de l'hétérogène, dans une simultanéité inattendue - baroque et cocasse accord d'un merveilleux sans pareil, ambigu et traître -
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moi, directement me nourrissant de leur matérialité muée.
Henri Michaux
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(...)
Il se dit : "Mais voilà, je me suis dépris, et il m'y a fallu du temps, mais je me suis dépris quand même."
Alors il est heureux, il ne voit qu'une chose : c'est qu'il est vivant. Il a des yeux qui lui servent à voir, une bouche qui respire, un corps (et il le tâte) pour aller comme il veut, où il veut, tant qu'il veut.
Il voit qu'il a une voix aussi qui lui revient, parce que les mots qu'il pense à présent se forment à mesure avec bruit sur sa langue; une voix qui va plus vite que lui et qui court en avant de lui pour l'annoncer comme ferait un chien.
(...)
Charles-Ferdinand Ramuz, Derborence
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jamais un regard pour son visage ou autre partie jamais un geste vers elle ni d'elle vers toi toujours parallèles comme aux deux bouts d'un essieu jamais l'un vers l'autre rien que deux taches floues aux limites du champ sans jamais vous toucher ni rien de cette nature toujours de l'espace entre vous ne serait-ce qu'un centimètre point d'attouchement manière chair et sang guère mieux que deux ombres guère plus mal n'eussent été les serments
Samuel Beckett
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Ainsi la triste histoire une dernière fois redite ils restèrent assis comme devenus de pierre. Par l'unique fenêtre l'aube ne versait nul jour. De la rue nul bruit de résurrection. A moins qu'abîmés dans qui sait quelles pensées ils n'y fussent insensibles. A la lumière du jour. Au bruit de résurrection. Quelles pensées qui sait. Pensées non, pas pensées. Abîmes de conscience. Abîmés dans qui sait quels abîmes de conscience. D'inconscience. Jusqu'où nul jour ne peut atteindre. Nul bruit. Ainsi restèrent assis comme devenus de pierre. La triste histoire une dernière fois redite.
Samuel Beckett
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Quand le père du père de mon père avait une tâche difficile à accomplir, il se rendait à un certain endroit dans la forêt, allumait un feu et se plongeait dans une prière silencieuse. Et ce qu'il avait à accomplir se réalisait.

Quand, plus tard, le père de mon père se trouva confronté à la même tâche, il se rendit à ce même endroit dans la forêt et dit : "nous ne savons plus allumer le feu mais nous savons encore dire la prière". Et ce qu'il avait à accomplir se réalisa.

Plus tard, mon père (…) lui aussi alla dans la forêt et dit : "nous ne savons plus allumer le feu, nous ne connaissons plus les mystères de la prière mais nous connaissons encore l'endroit précis dans la forêt ou cela se passait et cela doit suffire". Et cela fut suffisant (…)

Mais quand, à mon tour, j'eus à faire face à la même tâche, je suis resté à la maison et j'ai dit : "nous ne savons plus allumer le feu, nous ne savons plus dire les prières, nous ne connaissons même plus l'endroit dans la forêt mais nous savons encore raconter l'histoire".

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Ma pensée m'abandonne, à tous les degrés. Depuis le fait simple de la pensée jusqu'au fait extérieur de sa matérialisation dans les mots. Mots, formes de phrases, directions intérieures de la pensée, réactions simples de l'esprit, je suis à la poursuite constante de mon être intellectuel. Lors donc que je peux saisir une forme, si imparfaite soit-elle, je la fixe, dans la crainte de perdre toute la pensée. Je suis au-dessous de moi-même, je le sais, j'en souffre, mais j'y consens dans la peur de ne pas mourir tout à fait.
Antonin Artaud (Lettres à Jacques Rivière)
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