dimanche 29 mai 2011

La traversée du miroir




Nous voyons par quelque chose qui nous illumine ; par quelque chose que nous ne voyons pas.

Antonio Porchia

vendredi 27 mai 2011

Eaux troubles


pleurer
ce n'est pas que verser des larmes
c'est faire des ricochets
parfois
à la surface des rivières
Alireza Roshan, Jusqu'à toi combien de poèmes
(Recueil traduit du persan par Tayebeh Hashemi et Jean-Restom Nasser)

dimanche 15 mai 2011

Un certain regard




Autoportrait au cheval

mardi 25 janvier 2011

Racines de lumière




Seulement, chacun a sa mesure.
Car lourd est à porter
Le malheur, mais le bonheur est plus lourd.
Un sage pourtant a su
Du midi jusqu'à la minuit
Et jusqu'à ce que le jour resplendît,
Au banquet rester lucide.

Friedrich Hölderlin

vendredi 14 janvier 2011

Fantômes




Il y aura toujours
une pierre une écorce
un reflet
pour arrêter ton regard.

Danièle Faugeras

lundi 22 novembre 2010

Exergue




On avance à tâtons
on dépense son corps en s'usant aux trottoirs
Il est vain d'accrocher les mots à notre chute
Et pourquoi écrire son âme si le ciel ne lit pas ?

François Migeot

samedi 6 novembre 2010

Rêve petit-bourgeois




Parfois ce que je désire et ce que je ne désire pas se font tant de concessions qu'ils en viennent à se ressembler.

Antonio Porchia

dimanche 3 octobre 2010

Fourmillante cité




Fourmillante cité, cité pleine de rêves,
Où le spectre en plein jour raccroche le passant!
Les mystères partout coulent comme des sèves
Dans les canaux étroits du colosse puissant.

Un matin, cependant que dans la triste rue
Les maisons, dont la brume allongeait la hauteur,
Simulaient les deux quais d'une rivière accrue,
Et que, décor semblable à l'âme de l'acteur,


Un brouillard sale et jaune inondait tout l'espace,
Je suivais, roidissant mes nerfs comme un héros
Et discutant avec mon âme déjà lasse,
Le faubourg secoué par les lourds tombereaux.
(...)

Charles Baudelaire

mercredi 22 septembre 2010

Sans titre




J'ai déjà disparu dans mon impuissance. J'ai déjà renoncé dans mon inimaginable. Je suis déjà soustrait, arraché, promis au vide. Je suis déjà mort, oui, mort des millions de fois à chaque geste que je faisais pour être vivant.

J.M.G. Le Clézio

dimanche 19 septembre 2010

Dis-continue




Quand je serai mort, ces objets qui m'ont connu cesseront de me haïr. Quand ma vie en moi sera éteinte, quand j'éparpillerai enfin cette unité qui m'avait été donnée, alors le tourbillon changera de centre, et le monde retournera à son existence. Les affrontements du oui et du non, les tumultes, les rapides mouvements, les oppressions n'auront plus court. Quand s'arrêtera le courant glacé et brûlant du regard, quand cessera de parler cette voix cachée qui simultanément affirmait et niait, quand tout ce vacarme hideux et douloureux se sera tu, le monde refermera simplement cette blessure, et étendra sa couche de nouvelle peau douce et calme.

J.M.G. Le Clézio

mercredi 15 septembre 2010

Faut-il tout détruire ?




Faut-il rejeter tout cet engrais accumulé depuis la naissance, depuis des siècles ? Ces tics, langages, coutumes, gestes, croyances, pensées ? Faut-il fouiller au fond de soi, au plus profond, défaire, vomir tout son passé ? Est-ce seulement possible ? Et si on pouvait le faire, que trouverait-on qu'on ne sache déjà ?

J.M.G. Le Clézio

vendredi 3 septembre 2010

Noir c'est noir (2)




Que dirais-je de l'humanité d'aujourd'hui ?
Je dirais que ses rues sont larges.

Antonio Porchia

lundi 30 août 2010

Corps perdu




quant à mes amours
chaque nuit à corps perdu
avec ma bouillotte...

Issa

samedi 28 août 2010

Petit bonhomme




Sur un marché longtemps
je t'ai regardé
petit bonhomme
regarder le monde

samedi 24 juillet 2010

Jaunas(se)




Je nomme violence une audace au repos amoureuse des périls. On la distingue dans un regard, une démarche, un sourire, et c'est en vous qu'elle produit des remous. Elle vous démonte. Cette violence est un calme qui vous agite.

Jean Genêt

jeudi 22 juillet 2010

Réflexion




Les miroirs feraient bien de réfléchir un peu plus avant de renvoyer les images...

mercredi 14 juillet 2010

Du vert au vert




Moi dans cette obscurité
Je songe à un agneau lumineux
Qui viendrait paître l'herbe de ma fatigue.

Moi dans cette obscurité
Je vois le prolongement humide de mes bras
Sous la pluie
Qui mouilla les premières oraisons de l'homme.

Moi dans cette obscurité
J'ai ouvert la porte aux prairies antiques,
Aux ors que nous contemplâmes sur le mur des mythes.

Moi dans cette obscurité
J'ai vu les racines
Et au tout jeune buisson de la mort, j'ai expliqué l'eau.

Sohrâb Sepehri

samedi 3 juillet 2010

Les veines de l'air




Si vous venez à moi,
Venez-vous en doucement, de crainte que ne se craquelle
La fine porcelaine de ma solitude.

Sohrâb Sepehri

mercredi 23 juin 2010

Elfe




Doucis-toi, doucis-toi...
Défeuille-toi de turbulence
nudité d'excessive présence,
reprend ta robe ombrageante
doucie de fragile innocence.

Rina Lasnier

lundi 14 juin 2010

Mundus imaginalis




On ne voit bien qu'avec le cœur, l'essentiel est invisible pour les yeux.

Antoine de Saint-Exupéry

dimanche 6 juin 2010

Narcisse




pas simple en ce monde d'être né humain

Issa

dimanche 9 mai 2010

Cristallin




Dans le temps qu'on apprend, on ignore par où on apprend.

Antonio Porchia

mardi 4 mai 2010

Flottement vénitien




Mon amour, le désespoir est une discipline du soir de ce moment soudain léger où les poids semblent envolés de ce moment perfide dont j'essaye d'écrire la couleur
Mon amour l'ivresse des choses uniques installe sa dentelle

La vie soudain exaltée est sublime et dérisoire
Tu entres dans l'inconstance du temps, les solides se liquéfient, l'air est sensible au geste

Fumi Yusano

samedi 12 décembre 2009

Anamorphose




Mon amour j'ai parcouru toutes les pages en vain mais sans regret, étais-tu là, tapi dans la pénombre des lettres usées, dans ces signes si fragiles dont le parcours m'est familier, cette avenue prendra-t-elle fin, quel livre encore à lire pour y trouver cette goutte de l'élixir secret, mon amour, inconnu, infiltré dans les rainures des parois de calcaire, glissant entre les platanes tachés, attendant ton tour dans la foule de la procession domestique, je n'abandonne rien au hasard

Fumi Yosano

mardi 10 novembre 2009

Enveloppement




Personne n'est lumière de soi : pas même le soleil.

Antonio Porchia

mardi 3 novembre 2009

L'impromptue




Ne proclame pas tes buts. Même et surtout si tu les vois, ou crois les voir. Au départ déjà, te restreindre !

Henri Michaux

vendredi 2 octobre 2009

De la verticalité du monde




Si nul ne le rêvait
comment pourrait-il s'étoiler ?
L'homme a peu de racines
dans le bleu qui monte.

Fernand Ouellette

mercredi 8 juillet 2009

Clepsydre




Ma mémoire aujourd'hui est un million de noms, de personnes et de choses, presque sans personnes et sans choses.

Antonio Porchia

mercredi 1 juillet 2009

Passeur d'eau




C'est la terre, mon Dieu! la terre que je cherche,
le pli de l'horizon : pulsation, sépulture.
La douleur qui s'achève, l'amour qui se consume,
la tour de sang ouverte avec des mains brûlées.

Federico Garcia Lorca

mercredi 17 juin 2009

Quand je ne verrai plus




SABLES MOUVANTS

Quand je ne verrai plus, et si je vois, je Vous verrai. Quand mes yeux ne verront plus cet homme, quand ce sera vos yeux partout. Quand Vous serez avec moi. Et Vous serez la montagne, et Vous serez le monde qui ne finira plus. Je n'aurai plus d'oreilles, et j'entendrai ce que Vous entendez. Mes yeux sont la pupille de vos yeux, mes oreilles sont le tympan de vos oreilles, et je me prosterne avec mes genoux pour me prosterner jusqu'à Vous, pour me prosterner devant Vous qui ne finissez plus.

Bernard Collin

samedi 23 mai 2009

Soupir




- Vers l'Azur attendri d'Octobre pâle et pur
Qui mire aux grands bassins sa langueur infinie
Et laisse, sur l'eau morte où la fauve agonie
Des feuilles erre au vent et creuse un froid sillon,
Se traîner le soleil jaune d'un long rayon.

Stéphane Mallarmé

dimanche 17 mai 2009

Sur le carreau




Je rêve aux images élémentaires, aux rêves que d'autres, en d'autres situations, d'autres temps et lieux, en des corps différents surtout...ont pu avoir. Leurs images de base - fondements de leur tempérament -, répondant à leurs faims, leurs besoins, leurs penchants, si je pouvais les voir..., à leur débouché comme elles leur arrivent dans l'abandon nocturne, lorsque des accidents de la vie, y ayant jeté le trouble, celui-ci alors les leur remet brusquement en lumière, en désordre, à la diable, groupés avec de l'hétérogène, dans une simultanéité inattendue - baroque et cocasse accord d'un merveilleux sans pareil, ambigu et traître -
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
moi, directement me nourrissant de leur matérialité muée.

Henri Michaux

mardi 12 mai 2009

En quête d'hirondelles




Si tu es un homme appelé à échouer, n'échoue pas toutefois n'importe comment.

Henri Michaux

dimanche 10 mai 2009

Viatiques




Le profond, vu avec profondeur, est surface.

Antonio Porchia

vendredi 1 mai 2009

De l'art de l'effacement




S A T O R
A R E P O
T E N E T
O P E R A
R O T A S

vendredi 17 avril 2009

Elle a des yeux, l'image de l'homme




Si quelqu'un regarde dans le miroir, un homme, et qu'il y voit son image, comme reproduite, elle ressemble à l'homme. Elle a des yeux, l'image de l'homme, par contre de la lumière la lune.
(...)

Friedrich Hölderlin

samedi 11 avril 2009

Exit




Et si tu trouves quelque chose encore, tu n'as pas tout perdu. Il te reste à perdre quelque chose encore.

Antonio Porchia

jeudi 9 avril 2009

Viens !




Viens ! dans l'Ouvert, ami ! Peu, c'est vrai, brille aujourd'hui
Venant d'en haut, et à l'étroit nous tient le ciel prisonniers.
(...)

Friederich Hölderlin

dimanche 5 avril 2009

Vague à l'âme




Les médecins ont tort d'appeler "cancer" le vague à l'âme des petits conduits.

lundi 30 mars 2009

Dupuytren




Ainsi la triste histoire une dernière fois redite ils restèrent assis comme devenus de pierre. Par l'unique fenêtre l'aube ne versait nul jour. De la rue nul bruit de résurrection. A moins qu'abîmés dans qui sait quelles pensées ils n'y fussent insensibles. A la lumière du jour. Au bruit de résurrection. Quelles pensées qui sait. Pensées non, pas pensées. Abîmes de conscience. Abîmés dans qui sait quels abîmes de conscience. D'inconscience. Jusqu'où nul jour ne peut atteindre. Nul bruit. Ainsi restèrent assis comme devenus de pierre. La triste histoire une dernière fois redite.

Samuel Beckett

jeudi 26 mars 2009

Qu'il était bleu, le ciel




Colloque sentimental

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux formes ont tout à l'heure passé.

Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
Et l'on entend à peine leurs paroles.

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux spectres ont évoqué le passé.

-Te souvient-il de notre extase ancienne ?
-Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne ?

-Ton cœur bat-il toujours à mon seul nom ?
Toujours vois tu mon âme en rêve? -Non.

-Ah! les beaux jours de bonheur indicible
Où nous joignions nos bouches! -C'est possible.

Qu'il était bleu, le ciel, et grand l'espoir !
-L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

Tels ils marchaient dans les avoines folles,
Et la nuit seule entendit leurs paroles.

Paul Verlaine

mardi 24 mars 2009

Dégradation




Ma pensée m'abandonne, à tous les degrés. Depuis le fait simple de la pensée jusqu'au fait extérieur de sa matérialisation dans les mots. Mots, formes de phrases, directions intérieures de la pensée, réactions simples de l'esprit, je suis à la poursuite constante de mon être intellectuel. Lors donc que je peux saisir une forme, si imparfaite soit-elle, je la fixe, dans la crainte de perdre toute la pensée. Je suis au-dessous de moi-même, je le sais, j'en souffre, mais j'y consens dans la peur de ne pas mourir tout à fait.

Antonin Artaud (Lettres à Jacques Rivière)

dimanche 22 mars 2009

Vagabondage




Quand je rencontre une idée qui n'est pas de ce monde, c'est comme si pour moi grandissait le monde.

Antonio Porchia

mardi 17 mars 2009

Marron glacé




...Avec le temps qu'arbre défeuille
Quand il ne reste en branche feuille
Qui n'aille à terre
Avec pauvreté qui m'atterre
Qui de partout me fait la guerre
Au temps d'hiver...

Rutebeuf

jeudi 12 mars 2009

Le curieux de...




Dégoûtant personnage

Il est curieux ! Ce type
Il est curieux !
Tout à l'heure, dans la rue, je regardais passer
une jolie femme ...
Il la regardait aussi !
Je lui ai dit :
- A quoi pensiez-vous en regardant cette jolie femme ?
Il m'a dit :
- A la même chose que vous !
Je lui ai dit :
- Vous êtes un dégoûtant personnage !

Raymond Devos

dimanche 22 février 2009

Ces gens qui sont des arbres




L'homme, quand il est seulement ce que semble être l'homme, n'est presque rien.

Antonio Porchia