
À tous les repas pris en commun, nous invitons la liberté à s'asseoir. La place demeure vide mais le couvert reste mis.
René Char
Le petit théâtre de NÛSSOUMELOK Ier, roi de Nulle Part
Le véritable voyageur "c'est celui qui, en chaque pays parcouru, par la seule rencontre des autres et l'oubli nécessaire de lui-même, y recommence sa naissance."

À tous les repas pris en commun, nous invitons la liberté à s'asseoir. La place demeure vide mais le couvert reste mis.
René Char

Ainsi la triste histoire une dernière fois redite ils restèrent assis comme devenus de pierre. Par l'unique fenêtre l'aube ne versait nul jour. De la rue nul bruit de résurrection. A moins qu'abîmés dans qui sait quelles pensées ils n'y fussent insensibles. A la lumière du jour. Au bruit de résurrection. Quelles pensées qui sait. Pensées non, pas pensées. Abîmes de conscience. Abîmés dans qui sait quels abîmes de conscience. D'inconscience. Jusqu'où nul jour ne peut atteindre. Nul bruit. Ainsi restèrent assis comme devenus de pierre. La triste histoire une dernière fois redite.
Samuel Beckett
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Quand le père du père de mon père avait une tâche difficile à accomplir, il se rendait à un certain endroit dans la forêt, allumait un feu et se plongeait dans une prière silencieuse. Et ce qu'il avait à accomplir se réalisait.

Quand, plus tard, le père de mon père se trouva confronté à la même tâche, il se rendit à ce même endroit dans la forêt et dit : "nous ne savons plus allumer le feu mais nous savons encore dire la prière". Et ce qu'il avait à accomplir se réalisa.

Plus tard, mon père (…) lui aussi alla dans la forêt et dit : "nous ne savons plus allumer le feu, nous ne connaissons plus les mystères de la prière mais nous connaissons encore l'endroit précis dans la forêt ou cela se passait et cela doit suffire". Et cela fut suffisant (…)

Mais quand, à mon tour, j'eus à faire face à la même tâche, je suis resté à la maison et j'ai dit : "nous ne savons plus allumer le feu, nous ne savons plus dire les prières, nous ne connaissons même plus l'endroit dans la forêt mais nous savons encore raconter l'histoire".

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Colloque sentimental
Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux formes ont tout à l'heure passé.Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
Et l'on entend à peine leurs paroles.Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux spectres ont évoqué le passé.-Te souvient-il de notre extase ancienne ?
-Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne ?-Ton cœur bat-il toujours à mon seul nom ?
Toujours vois tu mon âme en rêve? -Non.-Ah! les beaux jours de bonheur indicible
Où nous joignions nos bouches! -C'est possible.Qu'il était bleu, le ciel, et grand l'espoir !
-L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.Tels ils marchaient dans les avoines folles,
Paul Verlaine
Et la nuit seule entendit leurs paroles.
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Ma pensée m'abandonne, à tous les degrés. Depuis le fait simple de la pensée jusqu'au fait extérieur de sa matérialisation dans les mots. Mots, formes de phrases, directions intérieures de la pensée, réactions simples de l'esprit, je suis à la poursuite constante de mon être intellectuel. Lors donc que je peux saisir une forme, si imparfaite soit-elle, je la fixe, dans la crainte de perdre toute la pensée. Je suis au-dessous de moi-même, je le sais, j'en souffre, mais j'y consens dans la peur de ne pas mourir tout à fait.
Antonin Artaud (Lettres à Jacques Rivière)
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Quand je rencontre une idée qui n'est pas de ce monde, c'est comme si pour moi grandissait le monde.
Antonio Porchia
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Dégoûtant personnage
Il est curieux ! Ce type
Il est curieux !
Tout à l'heure, dans la rue, je regardais passer
une jolie femme ...
Il la regardait aussi !
Je lui ai dit :
- A quoi pensiez-vous en regardant cette jolie femme ?
Il m'a dit :
- A la même chose que vous !
Je lui ai dit :
- Vous êtes un dégoûtant personnage !
Raymond Devos
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Les anges nous traversent parce qu'ils
sont nous-mêmes
désinvoltes dans l'extase et tout en
précaution
pour celui qui, tantôt l'un tantôt l'autre,
risque la chute.
Paul Chamberland
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sans doute en nous il tourne une

autre terre autour d'un autre

soleil car le jour en nous n'a pas de fin le soleil

en nous ne se couche pas

sans doute en nous il tourne une
autre terre autour d'un autre
soleil car le jour en nous n'a pas de fin le soleil
en nous ne se couche pas
Henri Meschonnic

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Regarde,
L'arbre, le parapet de la terrasse,
L'aire, qui semble peinte sur le vide,
Les masses du safran clair dans le ravin,
À peine frémissent-ils, reflet peut-être
D'autres arbres et d'autres pierres sur un fleuve.
Regarde !
Yves Bonnefoy
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Et, au milieu de cette agitation, ils passaient, absorbés, comme deux hommes traversant à vive allure une vaste solitude.
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Tombeau de Petite
Petite m'aimait je ne sais trop pourquoi
Petite aux narines des roses sur la vie lente
Sans autre nom que Petite et le parfum des plantes
Petite d'un jardin comme tes mains sur moi
Le lierre emporte les maisons loin de la terre
Et l'amandier traverse enfin les murs
Petite me disait restons dans la lumière
Mais la nuit couvrait l'âme de forêts d'oiseaux durs
Petite aimait le monde aux soleils de la neige
Sommes allés Petite et sommes revenus
Par la route où craquaient les lis de tes joues fraîches
Petite était malade est morte et blanche laisse
Au ciel passer les jours qu'elle n'a pas connus.
Jean-Philippe Salabreuil
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L'homme sans visage est si précieux qu'on le trouve dans tous les orchestres, il n'a pas d'yeux mais l'écoute.
S...

Je ne connais du monde que la réalité des pierres pour les avoir reçues à toute volée à la face. Je ne les ai pas rejetées après qu'elles retombèrent à mes pieds avec un bruit sans écho. Mais je les garde avec la terre qui leur servit d'empreinte. Je les garde comme une gangue arrachée après une lutte sans merci. Elles contiennent je le sais ma seule et véritable puissance. À travers leur opacité sanglante, le monde me fut révélé, et je n'aurais jamais reçu le don sans leur arête sur ma chair.
À travers leur opacité je sais que le monde est présent (...)
Jacques Prevel
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Depuis que moi seul sais ce qui m'arrive, il ne m'arrive rien.
Antonio Porchia
Libellés : Daumier honoré, peinture, poésie, Porchia Antonio

Ont pouvoir sur moi, plus que tous les infinis, mes trois ou quatre habitudes innocentes.
Antonio Porchia
Libellés : photos, poésie, Porchia Antonio

Gloire à Dieu pour les choses bariolées,
Pour les cieux de tons jumelés comme les vaches tavelées,
Pour les roses grains de beauté mouchetant la truite qui nage ;
Les ailes des pinsons ; les frais charbons ardents des marrons chus
G. M. Hopkins
Libellés : Hopkins Gerard Manley, peinture, poésie

La douleur humaine, quand elle dort, n'a pas de forme. Si on la réveille, elle prend la forme de qui la réveille.
Antonio Porchia
Libellés : N et B, photos, poésie, Porchia Antonio

La chair est triste, hélas ! et j'ai lu tous les livres.
Fuir ! là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres
D'être parmi l'écume inconnue et les cieux !
(...)
Stéphane Mallarmé
Libellés : Mallarmé Stéphane, photos, poésie

Ouvrez, ouvrez-moi, mes beaux anges,
— Car j'ai mangé d'un pain amer —
De mon vivant la porte du ciel —
Même si cela vous est interdit.
Else Lasker-Schüler
Libellés : Lasker-Schüler Else, photos, poésie
collagene me reste plus
que l'errance dans ton ombre qui est mon ombre
ne me reste plus
que d'habiter ta voix qui est ma voix...************- la voie est-elle devenue étroite, ô camarade
alors qu'elle commence à tes pas ?
- Assiégé par la mer et les livres saints
- Sommes-nous finis ?
- Non. Nous résisterons comme les monuments anciens
nous résisteront au temps comme les crânes des morts
comme l'air et le regard des martyrs, nous résisteront...************il comprend -m'a-t-il dit- que la patrie
c'est de boire le café de sa mère
et de rentrer au soir...
Mahmoud Darwich (extraits de Rien qu'une autre année)
Libellés : collages, Darwich Mahmoud, poésie

En vain se donne à tes yeux ce qui se donne à tes yeux, si tu n'as personne à qui en rendre grâce.
Antonio Porchia
Libellés : photos, poésie, Porchia Antonio

Gloire à Dieu pour les choses bariolées,
Pour les cieux de tons jumelés comme les vaches tavelées,
Pour les roses grains de beauté mouchetant la truite qui nage ;
Les ailes des pinsons ; les frais charbons ardents des marrons chus
G. M. Hopkins
Libellés : Hopkins Gerard Manley, photos, poésie

Un ami, une fleur, une étoile ne sont rien, si tu ne mets en eux un ami, une fleur, une étoile.
Antonio Porchia
Libellés : photos, poésie, Porchia Antonio

Vues des anges, les cimes des arbres peut-être
sont des racines, buvant les cieux ;
et dans le sol, les profondes racines d'un hêtre
leur semblent des faîtes silencieux.
Rainer Maria Rilke
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