
Si tu es un homme appelé à échouer, n'échoue pas toutefois n'importe comment.
Henri Michaux
Le petit théâtre de NÛSSOUMELOK Ier, roi de Nulle Part
Le véritable voyageur "c'est celui qui, en chaque pays parcouru, par la seule rencontre des autres et l'oubli nécessaire de lui-même, y recommence sa naissance."

Patience, patience,
Patience dans l'azur !
Chaque atome de silence
Est la chance d'un fruit mûr !
Paul Valéry
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(...)
Il se dit : "Mais voilà, je me suis dépris, et il m'y a fallu du temps, mais je me suis dépris quand même."
Alors il est heureux, il ne voit qu'une chose : c'est qu'il est vivant. Il a des yeux qui lui servent à voir, une bouche qui respire, un corps (et il le tâte) pour aller comme il veut, où il veut, tant qu'il veut.
Il voit qu'il a une voix aussi qui lui revient, parce que les mots qu'il pense à présent se forment à mesure avec bruit sur sa langue; une voix qui va plus vite que lui et qui court en avant de lui pour l'annoncer comme ferait un chien.
(...)
Charles-Ferdinand Ramuz, Derborence
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(...)
Je ne suis rien qu'une pierre
Que l'on a usée jusqu'à lui donner une forme vile et dérisoire
Mais je suis sûr que je n'étais pas cela
Je suis sûr que j'étais un granit avec des saillies comme des couteaux tranchants
Jacques Prevel
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jamais un regard pour son visage ou autre partie jamais un geste vers elle ni d'elle vers toi toujours parallèles comme aux deux bouts d'un essieu jamais l'un vers l'autre rien que deux taches floues aux limites du champ sans jamais vous toucher ni rien de cette nature toujours de l'espace entre vous ne serait-ce qu'un centimètre point d'attouchement manière chair et sang guère mieux que deux ombres guère plus mal n'eussent été les serments
Samuel Beckett
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Le front aux vitres comme font les veilleurs de chagrin
Ciel dont j’ai dépassé la nuit
Plaines toutes petites dans mes mains ouvertes
Dans leur double horizon inerte indifférent
Le front aux vitres comme font les veilleurs de chagrin
Je te cherche par delà l’attente
Par delà moi même
Et je ne sais plus tant je t’aime
Lequel de nous deux est absent.
Paul Éluard
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Si quelqu'un regarde dans le miroir, un homme, et qu'il y voit son image, comme reproduite, elle ressemble à l'homme. Elle a des yeux, l'image de l'homme, par contre de la lumière la lune.
(...)
Friedrich Hölderlin
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Et si tu trouves quelque chose encore, tu n'as pas tout perdu. Il te reste à perdre quelque chose encore.
Antonio Porchia
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Viens ! dans l'Ouvert, ami ! Peu, c'est vrai, brille aujourd'hui
Venant d'en haut, et à l'étroit nous tient le ciel prisonniers.
(...)
Friederich Hölderlin
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Il y a longtemps que je ne demande rien au ciel et mes bras ne sont toujours pas retombés.
Antonio Porchia
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Mais si l'on demande : à quoi bon des dieux dans la maison de l'hôte ?
A cela répondez :
(...)
un partage lie aussi les dieux
Car le statut de la vie lie tous les vivants.
Friedrich Hölderlin
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À tous les repas pris en commun, nous invitons la liberté à s'asseoir. La place demeure vide mais le couvert reste mis.
René Char

Ainsi la triste histoire une dernière fois redite ils restèrent assis comme devenus de pierre. Par l'unique fenêtre l'aube ne versait nul jour. De la rue nul bruit de résurrection. A moins qu'abîmés dans qui sait quelles pensées ils n'y fussent insensibles. A la lumière du jour. Au bruit de résurrection. Quelles pensées qui sait. Pensées non, pas pensées. Abîmes de conscience. Abîmés dans qui sait quels abîmes de conscience. D'inconscience. Jusqu'où nul jour ne peut atteindre. Nul bruit. Ainsi restèrent assis comme devenus de pierre. La triste histoire une dernière fois redite.
Samuel Beckett
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Quand le père du père de mon père avait une tâche difficile à accomplir, il se rendait à un certain endroit dans la forêt, allumait un feu et se plongeait dans une prière silencieuse. Et ce qu'il avait à accomplir se réalisait.

Quand, plus tard, le père de mon père se trouva confronté à la même tâche, il se rendit à ce même endroit dans la forêt et dit : "nous ne savons plus allumer le feu mais nous savons encore dire la prière". Et ce qu'il avait à accomplir se réalisa.

Plus tard, mon père (…) lui aussi alla dans la forêt et dit : "nous ne savons plus allumer le feu, nous ne connaissons plus les mystères de la prière mais nous connaissons encore l'endroit précis dans la forêt ou cela se passait et cela doit suffire". Et cela fut suffisant (…)

Mais quand, à mon tour, j'eus à faire face à la même tâche, je suis resté à la maison et j'ai dit : "nous ne savons plus allumer le feu, nous ne savons plus dire les prières, nous ne connaissons même plus l'endroit dans la forêt mais nous savons encore raconter l'histoire".

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Colloque sentimental
Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux formes ont tout à l'heure passé.Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
Et l'on entend à peine leurs paroles.Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux spectres ont évoqué le passé.-Te souvient-il de notre extase ancienne ?
-Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne ?-Ton cœur bat-il toujours à mon seul nom ?
Toujours vois tu mon âme en rêve? -Non.-Ah! les beaux jours de bonheur indicible
Où nous joignions nos bouches! -C'est possible.Qu'il était bleu, le ciel, et grand l'espoir !
-L'espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.Tels ils marchaient dans les avoines folles,
Paul Verlaine
Et la nuit seule entendit leurs paroles.
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Ma pensée m'abandonne, à tous les degrés. Depuis le fait simple de la pensée jusqu'au fait extérieur de sa matérialisation dans les mots. Mots, formes de phrases, directions intérieures de la pensée, réactions simples de l'esprit, je suis à la poursuite constante de mon être intellectuel. Lors donc que je peux saisir une forme, si imparfaite soit-elle, je la fixe, dans la crainte de perdre toute la pensée. Je suis au-dessous de moi-même, je le sais, j'en souffre, mais j'y consens dans la peur de ne pas mourir tout à fait.
Antonin Artaud (Lettres à Jacques Rivière)
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Quand je rencontre une idée qui n'est pas de ce monde, c'est comme si pour moi grandissait le monde.
Antonio Porchia
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Dégoûtant personnage
Il est curieux ! Ce type
Il est curieux !
Tout à l'heure, dans la rue, je regardais passer
une jolie femme ...
Il la regardait aussi !
Je lui ai dit :
- A quoi pensiez-vous en regardant cette jolie femme ?
Il m'a dit :
- A la même chose que vous !
Je lui ai dit :
- Vous êtes un dégoûtant personnage !
Raymond Devos
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Les anges nous traversent parce qu'ils
sont nous-mêmes
désinvoltes dans l'extase et tout en
précaution
pour celui qui, tantôt l'un tantôt l'autre,
risque la chute.
Paul Chamberland
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sans doute en nous il tourne une

autre terre autour d'un autre

soleil car le jour en nous n'a pas de fin le soleil

en nous ne se couche pas

sans doute en nous il tourne une
autre terre autour d'un autre
soleil car le jour en nous n'a pas de fin le soleil
en nous ne se couche pas
Henri Meschonnic

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Regarde,
L'arbre, le parapet de la terrasse,
L'aire, qui semble peinte sur le vide,
Les masses du safran clair dans le ravin,
À peine frémissent-ils, reflet peut-être
D'autres arbres et d'autres pierres sur un fleuve.
Regarde !
Yves Bonnefoy
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Et, au milieu de cette agitation, ils passaient, absorbés, comme deux hommes traversant à vive allure une vaste solitude.
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Tombeau de Petite
Petite m'aimait je ne sais trop pourquoi
Petite aux narines des roses sur la vie lente
Sans autre nom que Petite et le parfum des plantes
Petite d'un jardin comme tes mains sur moi
Le lierre emporte les maisons loin de la terre
Et l'amandier traverse enfin les murs
Petite me disait restons dans la lumière
Mais la nuit couvrait l'âme de forêts d'oiseaux durs
Petite aimait le monde aux soleils de la neige
Sommes allés Petite et sommes revenus
Par la route où craquaient les lis de tes joues fraîches
Petite était malade est morte et blanche laisse
Au ciel passer les jours qu'elle n'a pas connus.
Jean-Philippe Salabreuil
Libellés : arbres, photos, poésie, Salabreuil Jean-Philippe

L'homme sans visage est si précieux qu'on le trouve dans tous les orchestres, il n'a pas d'yeux mais l'écoute.
S...

Je ne connais du monde que la réalité des pierres pour les avoir reçues à toute volée à la face. Je ne les ai pas rejetées après qu'elles retombèrent à mes pieds avec un bruit sans écho. Mais je les garde avec la terre qui leur servit d'empreinte. Je les garde comme une gangue arrachée après une lutte sans merci. Elles contiennent je le sais ma seule et véritable puissance. À travers leur opacité sanglante, le monde me fut révélé, et je n'aurais jamais reçu le don sans leur arête sur ma chair.
À travers leur opacité je sais que le monde est présent (...)
Jacques Prevel
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Depuis que moi seul sais ce qui m'arrive, il ne m'arrive rien.
Antonio Porchia
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Ont pouvoir sur moi, plus que tous les infinis, mes trois ou quatre habitudes innocentes.
Antonio Porchia
Libellés : photos, poésie, Porchia Antonio

Gloire à Dieu pour les choses bariolées,
Pour les cieux de tons jumelés comme les vaches tavelées,
Pour les roses grains de beauté mouchetant la truite qui nage ;
Les ailes des pinsons ; les frais charbons ardents des marrons chus
G. M. Hopkins
Libellés : Hopkins Gerard Manley, peinture, poésie


