lundi 20 juin 2011

Choses




Tout comme le corps est assujetti aux mots pour devenir habitable au sujet, les choses doivent devenir des mots pour que l'homme accède à leur présence.

Pierre Legendre

mercredi 22 septembre 2010

Sans titre




J'ai déjà disparu dans mon impuissance. J'ai déjà renoncé dans mon inimaginable. Je suis déjà soustrait, arraché, promis au vide. Je suis déjà mort, oui, mort des millions de fois à chaque geste que je faisais pour être vivant.

J.M.G. Le Clézio

dimanche 19 septembre 2010

Dis-continue




Quand je serai mort, ces objets qui m'ont connu cesseront de me haïr. Quand ma vie en moi sera éteinte, quand j'éparpillerai enfin cette unité qui m'avait été donnée, alors le tourbillon changera de centre, et le monde retournera à son existence. Les affrontements du oui et du non, les tumultes, les rapides mouvements, les oppressions n'auront plus court. Quand s'arrêtera le courant glacé et brûlant du regard, quand cessera de parler cette voix cachée qui simultanément affirmait et niait, quand tout ce vacarme hideux et douloureux se sera tu, le monde refermera simplement cette blessure, et étendra sa couche de nouvelle peau douce et calme.

J.M.G. Le Clézio

mercredi 15 septembre 2010

Faut-il tout détruire ?




Faut-il rejeter tout cet engrais accumulé depuis la naissance, depuis des siècles ? Ces tics, langages, coutumes, gestes, croyances, pensées ? Faut-il fouiller au fond de soi, au plus profond, défaire, vomir tout son passé ? Est-ce seulement possible ? Et si on pouvait le faire, que trouverait-on qu'on ne sache déjà ?

J.M.G. Le Clézio

samedi 11 septembre 2010

Tellement bête




Le monstre naît d'un désordre intérieur où cohabitent la vie la mort.

Marc Le Bot

jeudi 9 septembre 2010

Sans façons




Cette rue, comme les autres rues, comme les autres lieux du présent, m'a échappée. J'y étais, et dans le même temps, je n'y étais pas. J'avais mes racines dans la réalité, dans l'espace et le temps ressentis, mais je ne pouvais plus m'étendre...

J.M.G. Le Clézio

mardi 7 septembre 2010

Artefact




Moi, ce que je voudrais bien trouver dans chaque homme, c'est une pulsation, un mouvement régulier et souple qui l'accorde au temps et au monde. Alors je me mets à l'unisson avec lui, et je l'écoute, je l'observe, je le visite.

J.M.G. Le Clézio

samedi 24 juillet 2010

Jaunas(se)




Je nomme violence une audace au repos amoureuse des périls. On la distingue dans un regard, une démarche, un sourire, et c'est en vous qu'elle produit des remous. Elle vous démonte. Cette violence est un calme qui vous agite.

Jean Genêt

dimanche 11 juillet 2010

Dragon




Le dragon est la dernière pensée qui résiste au chaos de la pensée...

Marc Le Bot

lundi 21 juin 2010

Dévoilement, évidement




Je ne suis que le fil mince qui s'embrase sous le courant trop fort pour lui, et qui se brûle en voulant éclairer les arêtes des choses. Et quand ce fil sera rompu, et que l'aveugle reprendra le monde, chaque objet continuera d'être ce qu'il avait été, sans que rien de mon regard ait pu le créer.

J.M.G. Le Clézio

lundi 14 juin 2010

Mundus imaginalis




On ne voit bien qu'avec le cœur, l'essentiel est invisible pour les yeux.

Antoine de Saint-Exupéry

dimanche 30 mai 2010

Étonneuse




Tout est rythme. Comprendre la beauté, c'est parvenir à faire coïncider son rythme propre avec celui de la nature. Chaque chose, chaque être a une indication particulière. Il porte en lui son chant. Il faut être en accord avec lui jusqu'à se confondre.

J.M.G. Le Clézio

jeudi 13 mai 2010

Lumières sur lumières




Avec l'amour maternel, la vie vous fait à l'aube une promesse qu'elle ne tient jamais.

Romain Gary

jeudi 6 mai 2010

Stupéfait tout le temps




Être vivant, c'est d'abord savoir regarder. Pour ceux dont la vie n'est pas sûre, regarder est une action. C'est la première jouissance effective de l'être vivant. Il est né. Le monde est autour de lui. Le monde est en lui. Il le voit. Il le regarde. Les yeux bougent, s'orientent ensemble, les prunelles fixent les choses. Les formes sont. Rien ici n'est immobile. Tout bouge, bouge, bouge à la folie. Le regard donne son mouvement au monde. Il le façonne. Il tâte les angles, suit le contour des lignes, des arrondis, des droites. Il se pose, il goûte les couleurs. Rouge. Blanc. Bleu. Bleu encore, mais plus sombre. Vert. Autre rouge. Autre blanc. Pas une couleur pareille. Toutes se font et se défont à chaque regard. Il ne faut pas s'habituer. Il faut être stupéfait tout le temps, par chaque nouvelle vision.

J.M.G. Le Clézio

vendredi 2 avril 2010

Que ma joie demeure




Ne renoncez à rien. Ni au bonheur, ni à l'amour, ni à la colère, ni à l'intelligence. N'hésitez pas; prenez le plaisir dans le plaisir, l'orgueil dans l'orgueil. Si on vous cherche querelle, emportez-vous. Si on vous frappe, répondez. Parlez. Cherchez le bonheur, aimez vos biens, votre argent. Possédez. Petit à petit, sans ostentation, prenez tout ce qui est utile, et tout ce qui est inutile aussi, et vivez dans l'essentiel. Puis, quand vous aurez tout pris sur cette terre, prenez-vous vous-même : enfermez-vous dans une seule grande chambre grise et froide, aux murs nus. Et là, tournez-vous vers vous-même, et visitez-vous, visitez-vous tout le temps.

J.M.G. Le Clézio

mardi 3 novembre 2009

L'impromptue




Ne proclame pas tes buts. Même et surtout si tu les vois, ou crois les voir. Au départ déjà, te restreindre !

Henri Michaux

dimanche 11 octobre 2009

Contorsions




L'intemporel n'est pas plus occulté par le temporel que le temporel n'est occulté par l'intemporel. C'est entre tes mains, tout cela, l'un comme l'autre.

Henri Michaux

dimanche 20 septembre 2009

Comment ça va ?




Si affaissé, brimé, si fini que tu sois, demande-toi régulièrement - et irrégulièrement - "Qu'est-ce qu'aujourd'hui encore je peux risquer ?"

Henri Michaux

mercredi 16 septembre 2009

Quelque chose se passe



Derviches, Louis Chacallis
de même que toi tu n'es pas confident des Secrets
tu supposes que les autres ne le sont pas non plus

mercredi 10 juin 2009

Faim d'un jeu




(...) Notre royaume c'était une grande courbe de la voie ferrée qui finissait juste au bout du jardin. Il n'y avait rien d'autre que le ballast, les traverses, la double ligne des rails ; une herbe stupide et rare poussait entre les pierres (composées, comme on sait, de mica, et de quartz) qui brillaient comme de vrais diamants sous le soleil de deux heures. (...)

Julio Cortazar, Fin d'un jeu