vendredi 13 février 2009

L'homme sans visage



S..., 10 ans

L'homme sans visage est si précieux qu'on le trouve dans tous les orchestres, il n'a pas d'yeux mais l'écoute.

S...

mardi 10 février 2009

Holà !



Honoré Daumier, Crispin et Scapin.

Depuis que moi seul sais ce qui m'arrive, il ne m'arrive rien.

Antonio Porchia

samedi 7 février 2009

Bis repetita



S..., 10 ans

Gloire à Dieu pour les choses bariolées,
Pour les cieux de tons jumelés comme les vaches tavelées,
Pour les roses grains de beauté mouchetant la truite qui nage ;
Les ailes des pinsons ; les frais charbons ardents des marrons chus

G. M. Hopkins

samedi 24 janvier 2009

Sohrâb Sepehri : peintures (10)















mardi 9 décembre 2008

Sohrâb Sepehri : Jusqu'à la pulsation humide du matin



S. Sepehri



Jusqu'à la pulsation humide du matin

Ah ! Quelle splendeur dans le don des surfaces !
Ô noble cancer de la solitude,
Que ma surface te soit octroyée !

Une personne est venue
Qui a prolongé ma main
Jusqu'aux muscles du paradis.
Une personne est venue portant la clarté du matin des religions
Au milieu des boutons de sa chemise.
Elle tissait des fenêtres
Avec l'herbe sèche de versets anciens.
Comme les avant-hiers de la pensée, elle était jeune.
Son gosier s'était empli
Du caractère bleu des fleuves.
Une personne est venue qui a emporté mes livres.
Au-dessus de ma tête, elle a tiré le dais de l'harmonie des fleurs,
Elle a déployé mon soir en lucarnes répétées,
Elle a disposé ma table sous la spiritualité de la pluie.
Puis, nous nous sommes assis,
Nous avons parlé de minutes boisées,
De mots dont la vie s'écoulait au cœur de l'eau.
Notre séjour sous les nuages opportuns
Tel le corps étourdi d'une impromptue colombe
Occupait un délicieux volume.

C'était le milieu de la nuit, dans l'agitation des fruits
La silhouette des arbres se fit étrange,
Le fil moite de notre sommeil s'égara.
Puis
La main se baigna dans les prémices du corps.
Puis, dans les entrailles humides de l'orme du jardin
Ce fut le matin.


Poème extrait de VOLUME VERT de Sohrâb SEPEHRI
(traduit du persan par Tayebeh HASHEMI et Jean-Restom NASSER)

dimanche 23 novembre 2008

S. Sepehri : Au jardin des compagnons de voyage


S. Sepehri


Au jardin des compagnons de voyage

Appelle-moi.
Ta voix est bonne,
Ta voix est la chlorophylle de cette plante étrange
Qui pousse aux intimes confins de la mélancolie.

Face aux dimensions de cette ère silencieuse,
Moi, je suis plus seul que la saveur d'une mélodie dans le champ de perceptions d'une ruelle.
Viens, que je dise pour toi combien ma solitude est grande.
Mais ma solitude ne prévoyait pas l'attaque nocturne de ton volume,
Et le propre de l'amour c'est cela.

I1 n'y a personne,
Viens, dérobons la vie
Et partageons-la entre deux rencontres.
Viens, qu’ensemble nous comprenions quelque chose à l'état de la pierre.
Viens, et plus vite nous apercevrons les choses.
Vois les aiguilles du jet d'eau sur le cadran du bassin :
Elles transforment le temps en poussière.
Viens te dissoudre comme un mot dans la ligne de mon silence,
Viens fondre au creux de ma main le corps luminescent de l'amour.

Réchauffe-moi
(D'ailleurs un jour, dans la steppe de Kâchân, le temps se couvrit,
I1 tomba une forte pluie,
Et j'eus froid ; alors, à l’abri d'une pierre,
L'âtre du coquelicot me réchauffa.).

Dans ces venelles obscures,
Moi, j'ai peur du fruit de la multiplication du doute et de l'allumette,
J'ai peur des surfaces cimentées du siècle.
Viens et je n'aurais plus peur de ces villes dont la terre noire sert de pâture aux grues.
Ouvre-moi, porte donnant sur la chute des poires dans cette ère d'ascension de l'acier.
Endors-moi sous une branche loin de la nuit des frictions du métal.
Si l’orpailleur du gisement de matins arrive, appelle-moi !
Et, au lever d’un lilas derrière tes doigts, je m'éveillerai.
Alors
Raconte ces bombes tandis que je dormais, et qui tombèrent.
Raconte ces joues tandis que je dormais, et qui se mouillèrent.
Dis combien d'oiseaux s'envolèrent de sur la mer,
Et dans ce branle-bas des chenilles de tank passant sur un rêve d'enfant,
Au pied de quelle sensation de repos le canari fixa le fil jaune de son chant.
Dis quelle innocente marchandise pénétra dans les ports,
Quelle science découvrit la musique positive de l'odeur de la poudre,
Quelle perception de l'inconnue saveur du pain exsuda des papilles de la prophétie.

Alors moi, telle une foi chaude du feu de l'équateur,
Je t'assiérai au commencement d'un jardin.


Poème extrait de VOLUME VERT de Sohrâb SEPEHRI
(traduit du persan par Tayebeh HASHEMI et Jean-Restom NASSER)

samedi 25 octobre 2008

Sohrâb Sepehri : Clair feuillet d'heures


S. Sepehri


Clair feuillet d'heures

Sous l'assaut de la lumière les carreaux de la porte vibraient.
Ce fut le matin, le soleil surgit.
Nous bûmes le thé sur le pré de la table.

À neuf heures les nuages apparurent, les clôtures furent mouillées.
Mes petits instants étaient tapis sous les capucines.
Il y avait une poupée derrière la pluie.

Les nuages s'en furent.
Un air limpide, un moineau, un envol.
Où sont mes ennemis ?
Je pensais :
En présence des géraniums la cruauté fondra.

J'ouvris la porte : un morceau de ciel tomba dans mon verre d'eau,
Je bus l'eau avec le ciel.
Mes petits instants faisaient des rêves de pur argent.
J'ouvris mon livre sous l'invisible plafond de l'heure.

Ce fut la mi-journée.
L'odeur du pain voyageait entre l'ensoleillement de la nappe et la perception du corps de la fleur,
Le pâturage des perceptions verdoyait.

Ma main flotta dans les couleurs innées de l'être :
J'épluchais une orange.
On voyait la ville dans le miroir.
Où sont mes amis ?
Que leurs jours soient d'orange !

Derrière la vitre, de la nuit tant que tu en voulais.
Dans ma chambre résonnait le choc de mes doigts contre le zénith,
Dans ma chambre parvenait le bruit de fléchissement des critères,
Mes petits instants pensaient jusqu'aux étoiles.
Le sommeil édifiait des choses sur mes yeux :
Un espace ouvert, les sables du fredonnement, les traces de pas de l'ami…


Poème extrait de VOLUME VERT de Sohrâb SEPEHRI
(traduit du persan par Tayebeh HASHEMI et Jean-Restom NASSER)

dimanche 28 septembre 2008

Sohrâb Sepehri : Sur la paupière de la nuit


S. Sepehri


Sur la paupière de la nuit

Ce fut une nuit prodigue.
Du pied des sapins la rivière s'en allait vers les au-delàs.
La vallée baignait dans le clair de lune, et la montagne était si lumineuse que Dieu se
faisait visible.

Dans les hauteurs, nous.
Lointains évanouis, surfaces lavées, le regard plus fin qu'en toute nuit.
Tes mains me tendaient la tige verte d'un message
Et la faïence du côtoiement se fendillait lentement sous ton souffle
Et nos battements coulaient à la pierre.
D'un vin vieux, le sable de l'été dans les veines
Et le vernis du clair de lune sur tes gestes.
Toi merveille, toi libre, et digne de la terre.

Le verdoyant laps de vie rejoignait l'air frais des montagnes.
Les ombres repartaient,
Et sur le chemin de la brise, encore,
Des pouliots qui remuaient,
Des attirances qui s'enchevêtraient.


Poème extrait de VOLUME VERT de Sohrâb SEPEHRI
(traduit du persan par Tayebeh HASHEMI et Jean-Restom NASSER)

vendredi 19 septembre 2008

Sohrâb Sepehri : Un message en chemin


S. Sepehri


Un message en chemin

Un jour
Je viendrai, et j'apporterai un message.
Dans les veines, je verserai de la lumière,
Et je crierai : holà, vos paniers pleins de sommeil ! Voici la pomme, la pomme rouge du soleil !

Je viendrai, je donnerai du jasmin au mendiant.
La belle lépreuse, je lui offrirai d'autres pendeloques.
À l’aveugle, je dirai : quel spectacle le jardin !
Je me ferai camelot, je parcourrai les rues, je claironnerai : ohé rosée, rosée, rosée !
Un passant dira : en vérité, c'est une nuit obscure. Je lui donnerai une galaxie.
Sur le pont, une fillette sans jambes : j'accrocherai la Grande Ourse à son cou.
Chaque insulte, je l'écarterai des lèvres,
Chaque mur, je l'arracherai.
Aux brigands, je dirai : une caravane arrive, chargée de sourires !
Je déchirerai le nuage.
Je nouerai les yeux au soleil, les cœurs à l'amour, les reflets à l'eau, les branches au vent.
J'attacherai le sommeil de l'enfant au crissement des cigales.
Les cerfs-volants, je les lâcherai dans l'air.
Les pots de fleurs, je les arroserai.

Je viendrai au-devant des chevaux, des vaches, je verserai l'herbe verte des caresses.
La jument assoiffée, je lui apporterai un seau de rosée.
L'âne rabougri sur le chemin, je chasserai ses mouches.

Je viendrai sur chaque mur, j’y planterai un œillet.
Au pied de chaque fenêtre je dirai un poème.
À chaque corbeau j’offrirai la branche d’un pin.
Au serpent, je dirai : quelle splendeur la grenouille !
Je réconcilierai.
Je rapprocherai.
Je marcherai.
Je boirai la lumière.
J'aimerai.


Poème extrait de VOLUME VERT de Sohrâb SEPEHRI
(traduit du persan par Tayebeh HASHEMI et Jean-Restom NASSER)

mardi 16 septembre 2008

Sohrâb Sepehri : peintures (9)









samedi 13 septembre 2008

Drame




À chaque nouveau drame je me demande : Est-ce celui-ci le drame ?

Antonio Porchia

vendredi 29 août 2008

Sohrâb Sepehri : Palpitation du reflet de l'ami


S. Sepehri


Palpitation du reflet de l'ami

Jusqu'à la masse noire du village il restait du chemin.
La vive lune indigène, pure exégèse, comblait nos yeux,
La nuit peuplait nos manches.

Nous traversions une ravine sèche,
Les oreilles pleines de la parole des prairies,
Les sacs emplis d'échos de villes lointaines,
La rugueuse logique du sol filant sous nos pas.

Dans nos bouches ballottait la saveur du repos,
Nos souliers faits de prophétie nous soulevaient du sol avec la brise,
Nos bâtons portaient à l'épaule l'éternel printemps.
Chacun de nous avait un ciel en chaque méandre de sa pensée,
Chaque mouvement de nos mains s'accordait au tressaillement d'une aile attirée par l'aurore,
De nos poches émanait le pépiement des matins de l'enfance.
Nous étions une poignée de fidèles d'amour et notre route
Longeant les villages familiers du dénuement
Menait à une grâce sans limites.

Au-dessus d’un étang, d'elles-mêmes les têtes s'inclinèrent toutes :
La nuit s'évaporait sur nos visages
Et la voix de l'ami parvint à l'oreille de l'ami.


Poème extrait de VOLUME VERT de Sohrâb SEPEHRI
(traduit du persan par Tayebeh HASHEMI et Jean-Restom NASSER)

vendredi 22 août 2008

Sohrâb Sepehri : peintures (8)









jeudi 21 août 2008

Sohrâb Sepehri : Frémissement du mot vie



S. Sepehri



Frémissement du mot vie

Derrière la pinède, la neige...
La neige, une poignée de corbeaux...
Le chemin signifie l'exil.
Le vent, le chant, le voyageur, et quelque envie de dormir...
La branche de lierre, et l'arrivée, la cour.

Moi, et triste, et cette vitre mouillée.
J'écris, et l'espace.
J'écris, et les deux murs, quelques moineaux.

Quelqu'un est triste.
Quelqu'un brode.
Quelqu'un compte.
Quelqu'un chante.

La vie signifie : un étourneau s'est envolé.
Qu'est-ce qui t’a rendu triste ?
Les joies ne sont pas rares : ce soleil par exemple,
L'enfant d'après-demain,
Le pigeon de l'autre semaine.

Quelqu'un est mort hier soir
Et le pain de blé est encore bon,
L'eau dévale encore, et les chevaux s’y abreuvent.

Les gouttes dans le courant,
La neige sur l'épaule du silence
Et le temps le long de l’épine dorsale du lilas.


Poème extrait de VOLUME VERT de Sohrâb SEPEHRI
(traduit du persan par Tayebeh HASHEMI et Jean-Restom NASSER)

dimanche 17 août 2008

S. Sepehri : L'appel du commencement



S. Sepehri



L'appel du commencement

Où sont mes chaussures,
Qui a bien pu appeler : Sohrâb ?
Elle m’était familière, cette voix, comme l'air est familier au corps de la feuille.
Ma mère dort.
Ainsi que Manoutchehr* et Parvâneh** et peut-être tous les gens de la ville.
La nuit de juin s'écoule sur la pointe des secondes avec la lenteur d'une élégie
Et s’échappant du verdoyant liseré de la couverture une brise fraîche balaye mon sommeil.
Il y a comme une odeur de migration :
Mon oreiller est plein d’un bruissement de plumes d'hirondelles.

Ce sera le matin
Et dans ce bol d'eau
Le ciel émigrera.

Il me faut partir cette nuit.

Moi qui par la plus béante fenêtre ai parlé avec les gens d'ici,
Je n'ai pas entendu une seule parole dans l’air du temps.
Aucun regard ne s'est amoureusement fixé sur le sol,
Nul n'a été attiré par la vue d'un jardinet,
Personne n'a pris au sérieux la pie à l'orée du champ.
Et mon cœur se serre comme un nuage
Quand, de la fenêtre, je vois Houri
-la fille adolescente du voisin-
S’asseoir au pied de l'orme le plus rare sur la terre
Pour étudier son catéchisme.

Il y a tout de même des choses, des instants grandioses
(j'ai vu, par exemple, une poétesse
Si absorbée dans la contemplation de l'espace qu'en ses yeux
Le ciel a pondu.
Et une nuit d'entre les nuits
Un homme m'a demandé :
Jusqu'au lever de raisin, combien d'heures de route ?)

Il me faut partir cette nuit.

Il me faut cette nuit prendre ma valise
Qui est à l’aune de la chemise de ma solitude
Et partir du côté
Où l'on devine les arbres épiques,
Vers cette immensité sans mots qui ne cesse de m'appeler.
Quelqu'un a encore dit : Sohrâb !
Où sont mes chaussures ?

* Prénom masculin.
** Prénom féminin.



Poème extrait de VOLUME VERT de Sohrâb SEPEHRI
(traduit du persan par Tayebeh HASHEMI et Jean-Restom NASSER)

mercredi 13 août 2008

S. Sepehri : Du vert au vert


S. Sepehri


Du vert au vert

Moi dans cette obscurité
Je songe à un agneau lumineux
Qui viendrait paître l'herbe de ma fatigue.

Moi dans cette obscurité
Je vois le prolongement humide de mes bras
Sous la pluie
Qui mouilla les premières oraisons de l'homme.

Moi dans cette obscurité
J'ai ouvert la porte aux prairies antiques,
Aux ors que nous contemplâmes sur le mur des mythes.

Moi dans cette obscurité
J'ai vu les racines
Et au tout jeune buisson de la mort, j'ai expliqué l'eau.


Poème extrait de VOLUME VERT de Sohrâb SEPEHRI
(traduit du persan par Tayebeh HASHEMI et Jean-Restom NASSER)

lundi 11 août 2008

Sohrâb Sepehri : peintures (7)







mardi 5 août 2008

Sohrâb Sepehri : peintures (6)

















lundi 4 août 2008

Iran : regards d'enfants (6)

Scène de la vie quotidienne dans une campagne.

Mostaphâ, 13 ans

vendredi 1 août 2008

Sohrâb Sepehri : Ensoleillé


S. Sepehri


Ensoleillé

On entend le bruit de l'eau, que peut-on bien laver dans le ruisseau de la solitude ?
Le vêtement des instants est propre.
Sous le soleil du vingt huitième jour de décembre
Le bourdonnement de la neige, le fil de la contemplation, les gouttes de l’heure.
La fraîcheur est sur les briques, sur l'ossature du jour.
Que voulons-nous ?
La buée saisonnière enveloppe nos mots,
La bouche est la serre de la pensée.

Des voyages te rêvent en leurs ruelles,
En de lointains villages des oiseaux entre eux célèbrent ta présence.

Pourquoi les gens ignorent-ils
Que la capucine n'est pas fortuite,
Pourquoi ignorent-ils que dans les yeux du hochequeue d'aujourd'hui se trouve le reflet des eaux du fleuve d'hier ?
Pourquoi les gens ignorent-ils
Que l'air est froid dans les fleurs impossibles ?


Poème extrait de VOLUME VERT de Sohrâb SEPEHRI
(traduit du persan par Tayebeh HASHEMI et Jean-Restom NASSER)